Charlélie Couture est parti vivre au pays de l'Oncle Sam mais est passé par la Belgique pour parler de son nouvel album


BRUXELLES Charlélie Couture, artiste aux milles facettes, a mis les voiles, direction New York, il y a deux ans. Parce qu'en France, les gens ne le laissaient plus exercer son art comme il le souhaitait. Aujourd'hui, le voilà de retour avec un album bien rock baptisé avec soin (New Yor-Coeur) et plus en forme que jamais. Quand on lui demande s'il va bien, il nous répond, tout sourire, caché derrière ses lunettes de soleil : "Je ne vais pas, je W".

New Yor-Coeur est un album qui a été enregistré dans les conditions du direct. Je suppose que ce n'est pas pour rien...

"Depuis le disque Poèmes Rock, je me suis rendu compte que tous les albums que j'avais enregistrés avaient été faits instrument par instrument. Une fois que tous les instruments sont faits, on pose la voix. À tel point que le dernier album que j'ai fait, Double vue, avait été fait avec des éléments musicaux qui m'avaient été envoyés par Internet sur des fichiers; les musiciens eux-mêmes ne s'étaient jamais rencontrés. Donc au lieu d'être l'âme des musiciens, je me posais comme la cerise sur le gâteau. Je venais presque déranger un équilibre qui s'était fait sans moi. Sur ce disque-ci, comme les musiciens ne parlaient pas tous français, la seule manière de faire comprendre ce que je voulais, c'était de chanter de telle ou telle manière. C'est ça qui a créé la dynamique. Il découle donc de cet enregistrement dans les conditions du live une spontanéité beaucoup plus proche que ce que je faisais sur scène que beaucoup des albums que j'ai enregistrés précédemment."

Du coup, c'était plus intense ?

"J'ai considéré longtemps l'enregistrement comme je considérais les films : puisqu'on a l'occasion de refaire, on refait et on peaufine. Je prenais la scène comme étant plus du théâtre : ça passe ou ça casse. J'ai changé d'idée pour ce disque-là en me disant, cette énergie, qu'on dégage sur scène, il faut absolument qu'on trouve le moyen de la raconter sur disque. C'est ce qui fait qu'il est particulier et différent des autres."

Les artistes disent souvent que leur dernier album est le meilleur : c'est le cas alors pour vous ?

"J'ai 50 ans, j'ai fait 17 albums et si je dis que cet album est le meilleur, je demande que les gens me croient. J'ai l'impression que la boucle est bouclée, que j'ai fait là ce que je cherchais depuis longtemps. Et si ça doit être le dernier, ça le sera. Je suis en train de refaire ma vie, là-bas, Outre-Atlantique parce qu'ici ce n'était plus possible, les gens ne voulaient plus que je continue. Et en fait, rien n'a changé en deux ans : les gens me regardent toujours comme une figure du passé, stigmatisée par L'avion sans aile. C'est une chanson merveilleuse que j'assume mais je n'ai que 50 ans et je ne suis plus ce que j'ai été. Je demande juste qu'on m'accorde le droit de croire que mon devenir est au moins aussi beau que mon passé."

Donc vous êtes parti aux Etats-Unis parce que vous saturiez de ce que les gens pensaient de vous ici ?

"C'est plus subtil que ça, parce que j'étais plutôt entouré de compliments amicaux que de haine. Les gens me disaient : c'est très bien, je demandais alors quand est-ce qu'ils allaient acheter un de mes disques et ils me parlaient de L'avion sans aile. C'est bien mais je ne nourris pas mes enfants avec des compliments. Je ne vais pas me plaindre du système : il est ce qu'il est. Mais moi il fallait que je trouve une solution à mon existence : je suis plein d'énergie et on me reproche ici d'en avoir trop. On me dit que je suis prolifique comme si c'était une injure. Moi mon métier, c'est ma vie. Là, je suis dans un pays où on tolère les gens qui veulent faire des choses. Le travail, ce n'est pas un esclavagisme, ça doit surtout être le moyen d'être soi-même. Et si tu te fais chier dans ton boulot, tu dois en trouver un autre qui te permet de te révéler plus. Ici, le travail est sous-considéré, parce qu'on donne l'illusion qu'on a droit aux vacances, que la publicité donne l'illusion que tout est dû alors qu'en fait, il faut tout aller chercher."

Vous étiez en Australie début 90 et ça vous a inspiré tant pour des albums que pour des livres, vous êtes maintenant aux Etats-Unis. Vous avez continuellement besoin de voyager ?

"Ce n'était pas pareil. Là, je suis parti avec ma famille et je suis en exil culturel à New York pour survivre. L'Australie, j'avais juste envie de me remplir d'autres inspirations, plus ensoleillées. New York, je ne sais pas si j'en reviendrai un jour."


Charlélie, New Yor-coeur (Bang !)



© La Dernière Heure 2006