Everlast a bien digéré ses problèmes de cœur.
Il remet le couvert avec un album solo épicé


ENVOYÉ SPÉCIAL EN ALLEMAGNE LUC LORFÈVRE

COLOGNE Quand on le voit balancer énergiquement le jouissif Jump around, tube écrit en 1992 quand il officiait au sein du combo hip-hop House Of Pain, on a du mal à croire qu’Everlast vit avec une valve artificielle. L’homme, qui présente avec son groupe son nouvel album Eat at Whiteys’s dans l’ancienne buvette de la gare de Cologne reconvertie en salle de concert, revient de loin. De très loin. Et force est de constater qu’il n’est plus le même. Il y a un avant et un après.
L’avant, c’est l’histoire d’Erik Schrody, Américain teigneux de souche irlandaise qui, alors qu’il jouait les gros durs dans les bars de San Fernando Valley, trouve un nouveau sens à sa vie en écoutant un album de Run DMC. Il sort un premier opus solo en 1990 avant de décrocher la timbale, 2 ans plus tard, avec un groupe de blancs-becs, House Of Pain. Leur hip-hop, qu’on aurait tort de résumer à Jump around, mélange l’humour des Beastie, une rythmique old school et des influences folk. Après 2 albums pourtant, Everlast jette l’éponge.
En 98, son disque solo Whitey Ford sings the blues fait l’effet d’une bombe. La pochette (lui derrière un van pourri au milieu de nulle part) ne ment pas. Everlast fait toujours du hip-hop mais il est noyé maintenant dans un folk/blues/country 100 % roots. La claque ! La combinaison parfaite entre des textes urbains et une musique qui s’ouvre à la ruralité de l’Amérique profonde. Whitey Ford sings the blues s’est vendu à 3 millions d’exemplaires.
L’après sera moins drôle. A la fin de l’enregistrement de Whitey, Everlast a une première attaque cardiaque. On l’opère du cœur. Les valves sont bouchées. On lui en place une artificielle. Il continue à tourner mais il est fragile et se sert de son sale caractère pour cacher sa souffrance. Il est victime d’une nouvelle attaque. Il s’en sort de justesse. "Un miracle" affirme-t-il aujourd’hui.
Everlast retrouve la vie, découvre qu’il peut aussi sourire, se convertit à l’Islam et signe aussi une "petite chanson de rien de tout" sur l’album de Santana. Put the lights on aidera le disque de Santana a se vendre à plus de 15 millions d’exemplaires et vaudra un Grammy à son auteur.

On retrouve d’ailleurs Santana sur un morceau ( Babylon feeling) du nouvel opus solo d’Everlast, Eat at Whitey’s. Un renvoi d’ascenseur qui est loin d’être le meilleur moment du disque. Comme il l’a montré à Cologne, Everlast rappe beaucoup moins qu’il ne chante. Au blues/country qui avait fait la différence sur Whitey Ford sings the blues, viennent aussi s’ajouter d’agréables touches soul.

Si les textes parlent souvent de la mort ( Black Jesus, We’re all gonna die,…), le ton a changé. Everlast a aussi invité pléthore de voix. Le rappeur Rahzel de The Roots, B-Real de Cypress Hill, Merry Clayton (celle qui chantait sur Gimme shelter des Rolling Stones) ou encore N’Dea Davenport sur deux chansons donnent ainsi chaleur et réconfort.