Envoûtant Portishead, jeudi, à Forest National

BRUXELLES Dix ans, ça fait long. Alors, pour passer le temps, les fans de Portishead ont fait comme ils ont pu. Ils se sont repassés en boucle les deux prédécesseurs de Third , ainsi que le mythique live à New York. Ils se sont laissé bercer par Out of Season , l'album terriblement déprimant de la chanteuse Beth Gibbons. Mais cela n'a pas suffi à tromper l'attente. C'est dire si les retrouvailles avec le groupe de Bristol, ce jeudi à Forest National, furent intenses et fiévreuses.

Très vite, on fut rassuré : les morceaux les plus anciens (Mysterons , premier coup d'oeil dans le rétro , lèvera les doutes) n'ont pas pris une ride et les protagonistes, tee-shirt noir de rigueur, n'ont pas changé. Les mains de Beth serrent toujours aussi fermement le micro. Voûtée et envoûtante, la chanteuse posera elle-même les jalons d'une soirée trop courte (une heure et demie) mais ô combien mémorable. Soutenue par la guitare tantôt puissante tantôt délicate d'Adrian Utley, sa voix, posée d'entrée de jeu sur Silence puis Hunter , exerce toujours la même fascination, capable de vous arracher des larmes et, dans la minute suivante, de vous glacer le sang. Les ambiances, teintées de rouge et de bleu, se succèdent mais ne se ressemblent jamais. L'intensité croissante de The Rip annonce ainsi l'inusable Glory Box , titre qui fédère les générations depuis tant d'années. Proches physiquement, les six musiciens s'échangent des regards satisfaits.

La délicate concision de Magic Doors et la froideur du redoutable Machine Gun , exécution en règle signée Geoff Barrow, viendront aussi souligner le brio avec lequel Third passe l'examen scénique. On pourrait ajouter Threads et son final tout en distorsion, dont l'accueil rivalisa avec celui réservé à un Wandering Star épuré ou à l'émouvant Roads . Beth se risquera enfin à aller serrer quelques pinces aux premiers rangs sur le final éblouissant de We carry on . Reste une question : comment a-t-on fait pour se passer d'un groupe aussi essentiel toutes ces années ?



© La Dernière Heure 2008