Maxime Leforestier a repris la plume, laissée à d'autres depuis 1975. Restons amants lui ressemble absolument

BRUXELLES Si huit ans se sont écoulés depuis le dernier album studio de Maxime Leforestier, surtout ne lui faites pas l'offense de lui parler de long silence. Pas un jour ne s'est écoulé sans que lui et sa guitare s'installent sur une petite scène, ici ou ailleurs, pour y porter la bonne parole. En l'occurrence celle de Georges Brassens, que Leforestier a enregistré soir après soir, dans plus de 500 salles. "Les tournées me prennent du temps ", sourit-il doucement. "Et puis Gladiateur est arrivé. J'aurais dû écrire mon album pendant ce temps-là. Mais le projet était tellement dingue que je n'ai pas pu me retenir. Même si ça n'a pas eu le succès escompté, je suis ravi de l'avoir fait. "

Côtoyer Brassens pendant tout ce temps, ça fait écrire autrement ?

"Oh non, ça, c'est réglé depuis longtemps. J'ai bien compris qu'il était Brassens et que j'étais moi ! En revanche, ce que ça m'a apporté, c'est que d'avoir passé autant de temps avec une guitare et des textes, je me suis dit que je n'allais pas chercher d'arrangement pour cet album tant que les chansons ne tiendraient pas toutes seules en guitare voix. Du coup, je suis resté un an chez moi sans bouger ! "

N'empêche que les habillages sont très libres...

"Oui, parce qu'après, on y a rajouté des couleurs, qui passent autour. Ça peut être des vents, des cordes. Mais avec la guitare et la voix au centre. "

Vous signez tous les textes de Restons amants. Ça faisait un petit temps que ça n'était pas arrivé !

"Depuis 1975, oui, ça fait un petit temps ! Là, peut-être qu'on peut voir l'influence de Brassens. J'avais terminé mon cycle d'écriture à deux, avec Boris Bergmann. C'est un exercice fascinant mais travailler avec un type aussi fort et aussi doué, ça peut rendre paresseux. J'avais envie de labourer mon propre sillon ."

Les mots vous sont venus aussi facilement que vous l'espériez ?

"Ils ne viennent jamais facilement, ma pauvre. Je me bats contre eux, c'est terrible. Mais c'est aussi passionnant. La langue française est tellement agréable pour tout ce qui est double sens, etc. Restons amants, par exemple, je me suis rendu compte que les gens n'avaient pas tous la même définition du mot. Pour certains, c'est purement physique, pour d'autres platonique. Ça peut être clandestin ou bien le début de l'amour. Tout ça dans un seul mot. "

Quand vous écrivez, vous savez que vous tenez une bonne chanson ?

"Oui, mais quelques fois, on se plante ! Parfois, il faut virer ce à quoi on tient, supprimer ce qui avait donné l'idée d'un titre ou carrément jeter la chanson. Je jette beaucoup ."

Vous avez accueilli des petits nouveaux dans votre équipe...

"Les trois réalisateurs, déjà. Patrice Renson, pour moi, c'était le batteur de Vanessa Paradis. Il m'a envoyé une maquette de Grain d'sel, juste guitare et caisse claire, qui est l'instrument que je déteste le plus au monde... Il a été malin : il a fait presque l'intégralité du disque. Frédéric Lô, je le connaissais comme chanteur. Je savais le travail qu'il avait fait pour Daniel Darc, Eicher... Et Stanislas, je voulais le rencontrer parce que j'ai une vieille obsession : celle que la musique savante et la musique populaire ne se rencontrent pas assez. Ce garçon était le trait d'union parfait. Ces trois réalisateurs-là sont donc venus avec leurs musiciens fétiches, comme Mathieu Chédid, Albin de la Simone. Et puis, il y a les fidèles, Manu Galvin - qui a enseigné la guitare à mon fils - Julien Clerc, Michel Haumont... "

Maxime Leforestier, Restons amants, Universal. En concert le 12 décembre au Forum de Liège et le 13 au Cirque Royal.



© La Dernière Heure 2008