Idole du hit-parade dans les années 90, la discrète Elsa est heureuse dans sa vie de comédienne. Rencontre exclusive avec une femme toujours naturelle et franche.

C’est comme si le temps s’était arrêté. Visage de porcelaine, longs cheveux noirs bouclés, regard bleu profond et joli sourire sincère qui cache un peu de timidité, Elsa (Lunghini) n’a pas vraiment changé depuis 1986.

À 13 ans à peine, elle occupait le haut des hit-parades. Elle avait beau clamer "t’en va pas", finalement c’est elle, qui depuis plusieurs années, a un peu abandonné la chanson (enfin, publiquement, son dernier album date de 2008). Cette année, Elsa célébrerait donc ses 30 ans de carrière… mais, elle "n’aime pas trop compter", nous dit-elle, un peu gênée. "Le temps passe quand même… Je suis très heureuse et très fière de ce que j’ai pu faire jusqu’à maintenant. Mais je ne regarde pas en arrière, je suis toujours en attente de ce qui arrivera après. Le passé m’angoisse. Cela ne me fait pas avancer."

Vous êtes heureuse en tant que comédienne ?

"Oui. J’aimerais qu’il y ait encore plus de choses qui me soient proposées qui m’intéressent et qui sortent des rôles de guests… ça, j’en ai fait pas mal !"

Vous êtes-vous demandé ce que vous auriez fait si vous n’aviez pas été actrice et chanteuse ?

"J’aime faire plein de trucs. J’écris, je fais de la photo… Je ne sais si j’aurais fait quelque chose d’artistique…"

Mais avec la famille que vous avez - un père chanteur, comédien,…- et une tante comédienne (Marlène Jobert) - vous n’étiez pas quelque part prédestinée à ce métier ? Ce n’est pas dans les gènes ? Votre fils, lui, par contre, est champion de kick-boxing…

"C’est marrant parce que mon fils est dans le sport et il passe en même temps des castings pour jouer ! Je ne sais pas, sûrement inconsciemment… car consciemment, je ne me dirigeais pas là-dedans. J’étais beaucoup trop jeune. Ça m’est tombé dessus. Ensuite, d’avoir pu le faire et d’avoir été capable de le faire - parce que je suis un tempérament assez timide et introverti, pas du tout dans la démonstration… Je n’ai pas du tout ce truc de vouloir m’afficher. Venir dans des festivals, ce n’est pas mon truc. Sauf comme maintenant quand j’ai quelque chose à montrer. Sinon, je suis très mal à l’aise… et je pense que ça se voit. Souvent, les gens dans ce métier disent qu’il faut sortir, aller voir les gens… Moi, je suis incapable de faire ça, je l’ai toujours été. Donc tant pis, en fait. J’aime la tranquillité, et j’ai l’impression d’usurper quelque chose quand je suis là et que je n’ai rien à présenter."

Qu’est-ce que vous trouvez dans votre passion pour la photo que vous ne trouvez pas dans la comédie ?

"Un regard qui n’est pas sur moi en fait ! C’est une façon de me planquer… derrière un objectif. Je ne suis pas devant, et ça me va très bien. J’aime bien observer les gens. Et être totalement libre. J’aime voyager aussi, et faire des photos me permet de voyager. On est parti pendant deux mois avec mon mari au Maroc. On a un gros camion et on part en expédition. On y fait de la musique, de la photo. On déconnecte."

Vous faites de la musique avec votre époux… Vous en referez quand pour le public ?

"Peut-être qu’à un moment ça va se faire. Mais si je le fais, ce sera une autre façon de faire. Ce ne sera pas une grosse major, pas dans un circuit parce que j’ai eu une très mauvaise expérience et je ne veux plus de ça. Ce sera comme j’ai envie de le faire, à mon rythme, sans pression."

Cela vous manque de chanter pour le public ?

"Oui, parfois. Parce que j’aime ça chanter."


"À la télé, c’est toujours un peu la même chose"

Dans Mon frère bien-aimé, un film noir sur fond de lien familial (bientôt diffusé sur France2), Elsa Lunghini incarne un juge d’instruction, éperdument éprise de son amant, joué par Olivier Marchal. "Chez Barbara, j’aimais cette force de caractère - je suppose que quand on fait ce genre de boulot, on doit avoir la tête bien sûr les épaules -, cette stature, le côté un peu froid, rigide… Et en même temps, quand elle est avec son amant, c’est tout le contraire, elle redevient une petite fille. Comme toutes les femmes amoureuses, c’est comme si elle avait 15 ans !", nous dit-elle. "J’aurais toujours aimé jouer Mata Hari… Mais je commence à avoir de moins en moins l’âge de la jouer ! "(sourire) Et Elsa de déplorer la pauvreté des scénarios en France : "y’a pas tant que ça des choses palpitantes. Ça commence à arriver mais il y a encore du travail à faire pour qu’on ose, qu’on sorte de l’ordinaire. Quand on regarde la télé, c’est un peu toujours les mêmes choses qui tournent : les flics, les juges, des médecins… C’est dommage parce qu’il y a tant de choses à jouer." 

Elsa a beaucoup de choses à dire. Elle l’a fait en chansons dans le passé, pourquoi pas en écrivant un film ? "J’ai commencé en fait… J’ai un scénario pour le cinéma. Pour l’instant, je le garde un peu sous le coude. Après, c’est difficile de monter un projet."