Et si on ne gagne pas ? La Belgique a terminé deux fois deuxième. Notamment avec Urban Trad, en 2003. Dans l’immédiat, ce groupe de musiques traditionnelles avait eu des répercussions très favorables. Son single, en langue imaginaire, "Sanomi" s’était vendu en 32.000 exemplaires et l’album en 26.000 exemplaires. Le groupe avait été appelé en République Tchèque, aux Pays-Bas, en Espagne et même en Louisiane et au Canada, des pays qui ne sont pas des territoires de l’Eurovision : “Notre résultat à l’Eurovision nous avait valu un reportage qui est passé sur TV5. Quelqu’un, en Louisiane, l’a vu. Un an après le concours, nous y sommes partis pour une semaine.” À long terme, l’enthousiasme posteurovision s’est éteint petit à petit et, en 2012, le groupe a été dissous. Certains membres l’ont reformé deux ans plus tard.

© EPA

L’amour ça fait chanter la vie

Jean Vallée, deuxième en 1978 avec "L’amour ça fait chanter la vie" avait déjà eu l’expérience du concours en 1970 avec "Viens l’oublier". Il avait alors été 8e… sur 12.Vingt ans plus tard, il avait dressé son bilan de ses Eurovisions : “La première fois, ça s’était mal déroulé et, le lendemain, je n’avais plus d’amis. Personne ne voulait encore de moi dans les émissions et, pendant deux ans, j’en ai crevé. Quand on m’a reparlé de l’Eurovision, j’ai accepté parce que je traversais une période assez tangente. Mais je savais que je jouais ma carrière. J’ai toujours été convaincu que si j’ai pu continuer dans ce métier, c’est grâce à cette chanson. Même à Paris, les gens ont toujours continué à me réclamer la chanson de l’Eurovision.”

Dans la période contemporaine, Blanche fut, en 2017, classée 4e sur 42 pays participants. On peut parler de succès. Sa chanson "City lights" fut, cette année-là, meilleure vente en Belgique. Elle est entrée dans le Top 50 de six autres pays. Mais l’album, qui a tardé, n’est sorti qu’en 2020, dans une certaine indifférence. Pour autant, Blanche n’a pas tout perdu. L’Eurovision reste une carte de visite qui, si l’occasion se présente, peut encore se révéler précieuse.

En 2015, Loic Nottet avait aussi terminé quatrième. Il fait une belle carrière. Il est difficile de prétendre que c’est grâce à sa bonne performance dans le concours.

Dans ses premières années, l’Eurovision a attiré des artistes qui avaient déjà un nom ou qui commençaient une belle carrière dans leur pays et espéraient atteindre une dimension internationale. On peut citer Françoise Hardy, Hugues Aufray, Nana Mouskouri, Patrick Juvet, Julio Iglesias (4e ex aequo avec… Henri Dès en 1970), Olivia Newton-John (4e en 1974) et, bien sûr, France Gall, lauréate en 1965 avec "Poupée de cire Poupée de son".

Il y a aussi ceux qui étaient totalement inconnus, qui ont fait le concours et qui sont devenus des stars par la suite, sans forcément que ce soit grâce à l’Eurovision. On pense à Patrick Fiori (12e en 1993).

Des stars confirmées ont osé le concours. Cliff Richard (2e en 1968), Gérard Lenorman (10e en 1988), Umberto Tozzi, Toto Cutugno, Patricia Kaas (8e en 2009). Il y en a pour qui ça s’est très mal passé. Englebert Humperdinck (dernier de la finale en 2012) et Bonnie Tyler (19e en 2013) avaient espéré réaliser un come-back. Vainement…

En 1987, à Bruxelles, Plastic Bertrand avait représenté le Luxembourg. 21e sur… 22. Lui n’a jamais regretté l’expérience : “Je voulais faire l’Eurovision. C’est tout ! Je voulais m’habiller en rose et avoir un brushing. C’était complètement kitsch. Mais je le voulais. Autour de moi, j’entendais les gens dire ‘Il est complètement fou !’ Le résultat, je m’en foutais complètement. Je voulais juste vivre ce truc-là.

Qui n’a eu aucune conséquence sur la suite de sa carrière. Cela n’a pas été le cas de tout le monde. L’Eurovision briseuse de carrières ? Il semble évident que pour Jonathan Cerrada, par exemple, 15e pour la France en 2004, il y a eu un avant et un après Eurovision. C’est aussi le cas de Frédéric Etherlinck.

Que dire des gens qui ont eu un résultat moins intéressant ? Nuno Resende, KMG’s, Patrick Ouchêne Roberto Bellarosa, Axel Hirsoux continuent à faire de la musique, mais dans l’ombre d’un concours qui a éclairé l’espace d’une semaine.

> A lire aussi: Eurovision: le destin des vainqueurs