Fréquentation en nette baisse pour certains, en hausse pour d’autres, les festivals varient autant que la météo cet été.

À l’heure où la 15 e édition du Brussels Summer festival s’achève sur une note plutôt positive - 115.000 spectateurs contre 125.000 les deux éditions précédentes -, place au bilan des festivals qui n’ont finalement pas trop souffert de la météo capricieuse de cet été ni de la menace terroriste qui plane depuis l’attentat du 22 mars à Bruxelles. L’écart du BSF étant attribué "à la soirée supplémentaire organisée en 2015 à la place des Palais, soit 5 soirées au lieu des 4 habituelles" , glisse Denis Gérardy, organisateur et programmateur du festival bruxellois.

Force est de constater (voir notre infographie) que la plupart des festivals de musique sont même plutôt en hausse niveau fréquentation. À commencer par Dour (235.000 contre 225.000 en 2015 malgré un mort par overdose), Ronquières (sold-out pour la première fois avec 36.000 personnes, même s’il compte de nombreuses invitations) mais surtout les Ardentes qui réalisent un record historique avec plus de 90.000 festivaliers (pour un budget de 4 millions d’euros dont 2,2 de cachets artistiques et malgré son ASBL Festiv@Liège qui n’avait plus déposé de comptes depuis 4 ans).

À noter aussi que Tomorrowland reste stable depuis 5 ans avec ses 180.000 festivaliers sur 3 jours (sold-out en quelques secondes) pour un phénomène électro qui se dirige de plus en plus vers un double week-end comme lors de ses 10 ans (en 2014) avec 360.000 festivaliers, faisant ainsi de lui le plus grand festival belge en matière de fréquentation, devant Rock Werchter.

Attentats, proche de la cata

"On a fait mieux (180.000 contre 170.000 l’année dernière, NdlR) mais avec un jour de plus, explique Charles Gardier, organisateur des Francofolies de Spa. Mais les derniers jours de ventes ont été catastrophiques… On a divisé par six comparé aux autres années." La faute aux attentats de Nice survenus juste avant qui ont amplifié la crainte et l’inquiétude des festivaliers spadois, selon le programmateur. "On a peut-être commis une erreur mais il y a eu comme un arrêt à partir de la Fête nationale du 21 juillet, conclut Charles Gardier qui affichait deux soirées sold-out mais pas celle de Michel Polnareff ("On ne perd pas d’argent sur lui cependant", assure-t-il). On a remarqué que des gens qui avaient déjà leurs tickets en prévente ne sont finalement pas venus. Je pense qu’on sera tout de même à l’équilibre mais je ne suis pas très optimiste, je crains qu’on perde de l’argent car on était parti pour faire 25.000 de plus. Et je ne parle pas du surcoût de sécurité dans la ville, à hauteur de 100.000 euros en plus aux frais du festival."

Euro et météo

Outre le climat sécuritaire général, deux autres facteurs -les matchs de l’Euro de football et la météo exécrable - ont eu raison de Couleur Café (fortement) et Rock Werchter (un peu). Ce dernier affichant une perte de 25.000 festivaliers sur 4 jours - un seul jour sold-out mais reste le champion belge du nombre de festivaliers par jour, soit environ 81.000. Si Monsieur Rock Werchter, Herman Schueremans, a déclaré être "dans le rouge cette année mais il y avait assez de réserve", ses détracteurs aiment dire que le plus puissant businessman belge "fait son Calimero. Il a juste gagné un million de moins que les autres années, histoire de pouvoir encore augmenter les prix des tickets et boissons en 2017."

Le grand perdant de 2016 reste toutefois le festival cosmopolite qu’est Couleur Café. Avec un total de 52.000 tickets au lieu des 82.000 de 2013, le gouffre est énorme. "Notre équilibre financier se situant à 63.000 tickets, on va rencontrer de grosses difficultés, concède le patron Patrick Wallens. Surtout avec l’inconnue du site en 2017." En effet, le festival devrait plus que probablement déménager de Tour&Taxis.

Mais au-delà de tous ces facteurs volatiles, le festivalier montre aussi que, peu importe la météo ou le contexte terroriste, l’affiche artistique reste le principal vecteur de vente. Si trois festivals ont eu du mal cette année, c’est avant tout et surtout à cause de la richesse (ou non) de son affiche musicale. La preuve avec un Werchter Classic (Bruce Springsteen) très vite sold-out ou un Pukkelpop - qui commence ce mercredi - uniquement complet (66.000 personnes) le jour de Rihanna. C.Q.F.D. ?

© dr