Présent sur la plage d’Agadir, samedi dernier, lors du Concert annuel pour la tolérance (diffusion en décembre sur France 2), on en a profité pour faire réagir Michel Fugain sur la polémique du moment, à savoir son soutien au comédien-humoriste Jean Roucas, sympathisant Front national. Et lui en a profité pour remettre les pendules à l’heure et régler ses comptes avec une certaine presse qui aurait mal interprété ses propos.

"Tant pis pour eux, s’insurge-t-il. Tant pis pour ceux qui croient tout et se renseignent sur cette chiotte publique qu’est le web. Avec une forme de journalisme qui n’est pas très honnête. Puisque je continuerai de dire, que ce soit de Jean Roucas ou n’importe qui : il pense ce qu’il veut, le mec. Il dit ce qu’il veut, c’est cela la tolérance, la liberté d’expression. Mais quand on me dit black-listé, je suis donc obligé de réagir. Blacklisté veut dire McCarthy. Et le maccarthysme, ils en ont souffert aux USA. Moi, je ne défendrai jamais une idée de Jean Roucas, j’en ai rien à foutre de Jean Roucas. Et de n’importe qui qui penserait la même chose que lui. Ce n’est pas bien. Mais ce n’est pas bien non plus que quiconque ait envie de blacklister qui que ce soit !"

Le chanteur, conscient que certains artistes cautionnent parfois des mouvements intolérants, nous parle alors de tolérance, justement. "Tolérer, c’est pas très prestigieux, ça veut dire je tolère. Il y a une espèce de condescendance suspecte. Faudrait remplacer cela par la curiosité, l’intelligence, l’esprit critique, la générosité et le respect. Il n’y a aucune raison que qui que ce soit qui passe devant moi dans la rue n’ait pas le droit de penser, parler ou même exister. C’est quand même triste qu’au XXIe siècle on soit encore en train de définir la tolérance. Étant né il y a longtemps, je pensais que tout cela était bâché et terminé car tout le monde s’est battu pour sa dignité. Or, il y a cette résurgence du racisme et des mouvements radicaux. On est en plein archaïsme."

Comment reviennent-ils ? "À cause des crises. Car ces mouvements naissent toujours sur des ruines et pour des raisons économiques. En gros, si les gouvernements continuent à faire sans cesse les mêmes erreurs, on est tous dans la merde." L’artiste va encore plus loin dans sa réflexion. "Tout artisanat, le cinéma comme la musique, est devenu une industrie. Car malheureusement, c’est le pognon qui gère tout aujourd’hui. Or, l’argent est mortifère, je me tue à le dire ! Dès qu’on parle de démocratie, ça pue. La démocratie c’est chelou, on est plutôt en pleine ploutocratie."