Samedi, à Forest National, la débauche d'effets n'a jamais nui au caractère 100% zen de son show. Du grand art

Quelques photos du concert

BRUXELLES A la grande époque de Genesis, période The lamb lies down on Broadway, Peter Gabriel se montrait déjà innovateur dans la manière de mettre en scène ses compositions. Pour son grand retour sur scène, dix ans après son dernier concert dans une salle belge (le Flanders Expo), le Britannique au look d'ermite zen a de nouveau frappé fort. Très fort...

Certes, Peter Gabriel n'est pas le premier artiste à utiliser une scène centrale. Dans le passé, et avec plus ou moins de réussite, Prince, les Beastie Boys, Phil Collins, Rod Stewart ou encore Céline Dion ont déjà eu l'idée. Mais jamais un spectacle rock n'est allé aussi loin dans l'exploitation de ce concept. Mis en scène par Roger Lepage, déjà responsable de la Secret world tour de Peter Gabriel en 1983, cette nouvelle tournée relève le défi de proposer une débauche d'effets visuels et techniques sans pour autant nuire à un répertoire bobo baba qui pousse à la méditation.

Côté technique, ce fut tellement beau, tellement riche, tellement surprenant qu'il est quasi impossible de détailler toutes ces bonnes trouvailles. En voici quelques-unes... Une scène centrale donc, qui tourne sur elle-même. Une seconde scène, surélevée celle-là, qui, lorsqu'elle ne sert pas, est cachée dans une bulle en toile. Des parties modulables qui permettent à la batterie de disparaître sous le plancher ou de venir se placer au centre du groupe. Des écrans vidéo placés dans tous les coins de la salle...

Dans le final du concert, Peter Gabriel roule à vélo sur Solsbury hill. A un autre moment, il marche les pieds en l'air. Plus tard, il prend place dans un ballon transparent qu'il fait tourner et sautiller sur le... sautillant Growing up. On le voit aussi derrière ses claviers, concentré sur ses notes, le thermos de thé et le pot de miel à portée de main. Il se fait rajuster son micro émetteur par des roadies habillés de kimonos orange. Il grimpe sur une plate-forme pour filmer un long plan séquence pendant Barry Williams Show. Il chante le magnifique Mercy street en tête à tête avec sa fille Melanie. Il parle enfin de son père, âgé de 90 ans, pour qui il a écrit Father son qui clôt le spectacle.

Musicalement, Gabriel a choisi un répertoire fait de neuf et d'ancien. Certains fans de la première heure regretteront peut-être l'absence de gros classiques comme Biko, Games without frontiers, Family snapshot ou encore Shock the monkey. Ces mêmes admirateurs auront sans doute été les premiers à verser une larme d'émotion avec ses interprétations d' Here comes the flood (accompagné par la basse magistrale du fidèle Tony Levin) ou de Solsbury hill. Et puis, il y a cette manière qu'il a de nous inviter à mieux contempler ce qui nous entoure: le ciel (Sky blue), la terre (Secret world), la faune (l'inédit Animal nation) ou la pluie (Red rain). Un vrai jardin extraordinaire...

© La Dernière Heure 2003