Musique

Avec cet album surprise sorti vendredi, le chanteur fait son deuil après la mort de son fils en 2015.

Le 14 juillet 2015, sous l’emprise de LSD, Arthur, 15 ans, chute d’une falaise à Brighton, en Angleterre. Le fils de Nick Cave décède sur le coup. Sortis moins d’un an plus tard, l’album Skeleton Tree et le très prenant documentaire One More Time With Feeling qui raconte son enregistrement ; témoignaient de la douleur qu’était celle du chanteur.

Aussi touchantes soient-elles, ces deux créations n’avaient manifestement pas permis à Nick Cave de faire son deuil. C’est ce que l’on ressent dès les premières mesures de Ghosteen (Pias), le disque surprise qu’il vient de sortir en compagnie de ses Bad Seeds. Tout au long des 11 plages disponibles sur les plateformes de streaming avant leur commercialisation physique le 8 novembre, plane le visage de l’ado disparu trop tôt. Le traumatisme est palpable à chaque phrase, lors de chaque accord.

L'heure n'est pas à la rigolade

Inutile de chercher la batterie ou des guitares toutes voiles dehors, l’heure est au recueillement et à la méditation même si la tension n’est jamais très loin. Les nappes atmosphériques de synthé dominent, soutenues par des volutes de chœurs et un piano qui se fait aussi discret que possible.

L’heure n’a jamais été à la rigolade avec Nick Cave, que ce soit accompagné de ses Bad Seeds ou non. Mais ici, c’est au cœur de son intimité, de la douleur qui le déchire, qu’il invite l’auditeur. À la première écoute on se demande ce qui justifie la pochette du disque. On y voit une sorte d’Eden dans lequel batifolent des oiseaux de paradis, des flamants roses, des chevaux blancs et un agneau, le tout bercé par un soleil radieux. Puis, à la réécoute, la réponse s’impose : il n’y a pas de mot qui puisse réparer l’irréparable, il n’y a plus que l’espoir d’un au-delà. Comment comprendre autrement ce “I’ve been waiting for you to return” prononcé sur “Waiting For You”.

© D.R.

Un double album

La version physique de l’album sera composée de deux parties physiquement distinctes. La première se veut consacrée aux enfants et se décline en huit chansons au format traditionnel. La seconde, dite des parents, propose trois plages dont deux dépassent allègrement les dix minutes. Ces deux suites, en particulier “Hollywood” qui clôt l’écoute, sont les plus prenantes de Ghosteen. Nick Cave touche au sublime avec la plus sépulcrale de ses 17 productions.