Jeudi, après une première journée de joyeusetés musicales dans la plaine de Werchter, le bilan était plutôt bon. Tout d'abord grâce aux concours de ces dames, des punkettes ténébreuses de Savages à l'ondulante Lorde en passant par l'uber-classe Agnès Obel, auteure d'une des plus belles prestations de l'après-midi. Mais aussi en compagnie de la clique de Prophets of Rage, dont le dresseur de cordes Tom Morello a piloté le show pour notre plus grand plaisir.

Si nous faisions l'impasse sur la mélasse de tubes FM cacophoniques déversée par Imagine Dragons sur la Main Stage en début de soirée, et si nous ne ferions que peu de cas de la venue des Kings of Leon pour la conclure dans la foulée, la promesse d'un miracle dans l'intervalle nous faisait trépigner. Arcade Fire, petite étoile indie-folk devenue constellation, nous gratifiait d'une visite que l'on attendait d'oreilles fermes. Une tournée entamée début de ce mois et qui, jusque mi-août, sur le Vieux Continent les retiendra. L'occasion pour les magiciens montréalais d'étrenner l'un ou l'autre extrait issu de leur plaque à venir, "Everything Now", dont la sortie est annoncée pour le 28 juillet.

Aux commandes et à la production de cet imminent cinquième album, on trouve la moitié de Daft Punk Thomas Bangalter, le bassiste de Pulp Steve Mackey, le gourou de Portishead Geoff Barrow et l'incontournable Markus Dravs, déjà à la manœuvre des trois derniers albums d'Arcade Fire. Une équipe qui augure d'une fournée une fois de plus dansante, à l'image des derniers travaux disco de la bande en 2013. Trois nouveaux morceaux furent ainsi dévoilés : le magnifique et épique "Everything Now", le plus remuant "Signs of Life", et "Creature Comfort" où dame Régine Chassagne toute vêtue de fuchsia s'en donna à cœur joie (ci-dessous).

Régine Chassagne (Arcade Fire) © GUILLAUME JC

Fallait pas l'énerver...

Du reste, c'est à un Win Butler plus charismatique que jamais que nous avons fait face toute au long de la soirée. Ses cheveux gras, son regard translucide. Ses jolies chaussures pointues blanches. Son phrasé distingué, son grain de voix singulier. Première claque assénée d'un cinglant "Rebellion". Et débute le ballet de cuivres, de cordes et de percussions… Un instant, notre hôte s'interrompt. "Si vous nous donnez quelque chose, nous vous le rendrons au centuple. Mais donnez-nous quelque chose de grâce… C'est ainsi que cela fonctionne. Sinon, le show sera… froid."

L'apathie de public du très discipliné et formaté de Werchter a échaudé le sieur Butler. Qu'importe, l'homme remet son chapeau et entame "The Suburbs" installé au piano. L'amplitude et le ton montent progressivement jusqu'à "Ready to Start", flamboyant et électrique, ouvrant la voie vers une parenthèse rock galopante plutôt étonnante. C'est là qu'on reconnaît les grands. Sans forcer, les Canadiens passent à un registre rock et dégainent un "Month of May" en forme d'uppercut, traversent ensuite ce bon vieux "Tunnels" en douceur, avant de conclure en redonnant du déhanché électro-disco-punk sur les tubes de "Reflektor"... Avec la même envie, la même aisance, la même magie, Arcade Fire sait jouer sur tous les tableaux. Arcade Fire est GRAND. Arcade Fire est beau.

Arcade Fire © GUILLAUME JC