Grand Jojo: "Si on se qualifie, je me rase la moustache"

Grand Jojo: "Si on se qualifie, je me rase la moustache"
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Musique

Interview > Isabelle Monnart

Publié le - Mis à jour le

Effervescence dans la rédaction, vendredi sur le coup de 11 h ! Il est dans la place. "Je vais lui demander si je peux prendre une photo avec lui", à gauche. "Je l’adore depuis que je suis gamine", à droite. Et pourtant, non, Brad Pitt ne nous a pas rendu une petite visite surprise à la rue des Francs. L’homme qui suscite de telles réactions s’appelle Jules Jean Vanobbergen, mieux - bien mieux - connu sous le nom du Grand Jojo. À 77 ans, l’echte Brusseleir ne comprend pas très bien ce qui lui arrive. Mais l’effet est bien visible : il affiche un sourire et une joie de vivre très communicatifs. "Parfois, je me dis que je vais me réveiller et réaliser que c’était un rêve, rigole-t-il. C’est un parcours étonnant. Étonnant."

Vous n’aviez pas enregistré d’album depuis 30 ans, mais vous ne vous êtes pas tourné les pouces pour autant…  

"Les chansons continuaient à passer dans les fêtes scoutes, les fancy-fairs, les mariages. Toutes les Fêtes, avec un grand F. C’est pour ça que les enfants d’aujourd’hui me connaissent. Je ne passais pas en radio, parce qu’on trouvait ça ringard, mais on avait une force terrible : on était dans tous les juke-box. Il y en avait 28.000 en Belgique."  

Et aujourd’hui, vous êtes super-tendance…  

"C’est très curieux. Même dans les hautes sphères, les grands intellectuels qui viennent s’encanailler, s’amusent en venant me voir. Ils se lâchent."  

Pendant ces années d’absence, ça ne vous a pas manqué d’être sur scène ?  

"J’ai arrêté parce que, dans ces années-là, je sentais qu’on commençait à mener une vie nocturne qui n’était plus normale. Le matin, je me regardais dans le miroir et je me disais que ça allait mal se terminer. La nuit, le soir, avec les musiciens, c’était tous les excès. Je me suis dit que je voulais retrouver une vie normale. J’ai tout arrêté, pendant 20 ans."  

C’était quoi, une vie normale ?  

"J’en parle très peu… Je n’allais pas rester chez moi à ne rien faire ! Je ne sais pas ce qui m’est passé par la tête : j’ai passé un examen, pour entrer dans une administration, parce que je voulais être comme tout le monde. J’y suis entré et j’y ai passé… beaucoup d’années. Je m’occupais d’un réseau social, d’aider les jeunes qui ne pouvaient pas donner une caution de trois mois pour leur appartement. La province faisait des prêts sociaux. Là, j’ai trouvé mon bonheur : au lieu d’être entouré d’une bande un peu parasite, j’étais au milieu de gens normaux."  

Et l’an dernier, vous avez replongé dans la musique !  

"L’an dernier, Universal s’est intéressé à moi. Ils sont venus rechercher le vieux crocodile. Sont allés au Musée du Cinquantenaire et ils ont trouvé le dernier dinosaure de la chanson belge (rire) . Ils ont fait un travail énorme. La première fois que je suis allé chez eux, j’ai vu un panneau au mur : il y avait les Rolling Stones, Madonna et… moi. Je pensais que c’était pour une caméra cachée !"  

Vous ont-ils offert une grande liberté de travail ?  

"Oui ! J’ai reformé un orchestre. Des gars extraordinaires, des jeunes. Je leur ai dit que je faisais ça pour m’amuser, pas pour gagner du pognon. Mais je leur ai aussi dit que ce que je voulais, c’était quelque chose de classe : une grande formation comme j’en ai vu à Vegas. Des pupitres, de beaux vêtements. J’ai également deux choristes - Les Allumettes, parce qu’elles mettent le feu."  

Sur l’album, la chanson Viva Brasil tient pour acquis que nous serons à la Coupe du Monde…  

"Ils sont les deux pieds dedans sauf un orteil ! Je n’ai pas hésité, mais si je me plante, je me plante ! Mais ce serait une désillusion dans tout le pays. Et comme je suis le porte-drapeau, j’en porterais premièrement les responsabilités. C’est vrai, on a pris des risques. On a vendu la peau de l’ours… Mais j’ai vu une équipe incroyable. Ils ont fait des résultats formidables. Il faudrait vraiment une catastrophe pour qu’ils n’y aillent pas. J’ai fait un pari : s’ils y vont, je me rase la moustache. Alors que je la porte depuis 17 ans."  

Vous serez du voyage, comme au Mexique en 1986 ?  

"Non, je ne pense pas. Ma place est ici, parce qu’il y aura énormément de boulot à faire pour motiver les gens. Ma place est avec les supporters. Je compte également faire - et j’insiste - une vraie fête nationale, lors de mon concert à Forest, le 14 décembre. Il y aura un groupe de dix danseuses de Rio de Janeiro et des danseurs, également. Ça va être un feu d’artifice, quelque chose d’incroyable. Si on rate, il va falloir revoir sa copie. Mais j’ai confiance."


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