Le chanteur sort un disque avec un big band. Emotion et bonne humeur

BRUXELLES `Je suis un sale con dans ce métier et j'aime ça. Et je suis toujours là. Je tiens à rester un rebelle. Même si je ne passe pas en radio, je parviens à vendre des disques dans un genre, le jazz, qui est complètement ignoré des programmations. Quelque part, ça m'arrange bien. C'est comme avec Nestor Burma. Si la série avait marché dès le début, j'aurais été riche. Tout serait devenu facile. Trop facile. En fait, j'aime m'exprimer par effraction.´

Ne croyez pas le titre de son nouvel album, Demain j'arrête. Guy Marchand est de retour et il n'est pas prêt de jeter l'éponge. Trop d'envies. Trop de plaisirs à partager. Trop de choses à exprimer. Cette fois, c'est avec le jazz qui a nourri son enfance qu'il se pointe. Fidèle à sa légende. Sa fausse nonchalance. Son vrai talent. Et surtout sa voix qui swingue. Un véritable remède à la tristesse ambiante que cette voix. Sur ce CD, Marchand court à rattraper le temps perdu. Epaulé par un big band, un vrai de vrai emmené par Fred Manoukian, il revisite avec bonheur standards et compositions plus sombres des années 20 et 60.

`Douze des quatorze titres sont chantés en français car ce qui m'intéressait avant tout, c'était le thème musical. Je fais deux chansons en anglais, Night and day de Cole Porter et Wave de Carlos Jobim. Ces deux morceaux sont tellement forts que je me devais de les chanter en anglais. Je n'ai pas de complexes par rapport à Sinatra ou Dean Martin qui les ont interprétés avant moi.´

A 65 balais, ce fils de ferrailleur qui a reçu sa première clarinette à l'âge de douze ans, remonte aussi sur les planches. `La première a eu lieu, voici quelques jours, au New Morning, à Paris. On a mis le feu! Standing ovation pendant dix minutes. Dans la salle, il y avait beaucoup de jeunes. Je suis comblé. On va donner un maximum de spectacles. On est 18 sur scène. Tant qu'on trouve quelqu'un pour payer l'hôtel et la cantine, on va jouer. Cette musique est faite pour la scène. Le disque n'est qu'un échantillon. Une sorte d'invitation à nous entendre live

Sans nostalgie aucune, Guy Marchand se souvient de ses premiers boeufs dans les clubs de Saint Germain dans les années cinquante. `Moustache m'a fait jouer avec les plus grands. Je me pointais le plus tard possible, de telle manière à ce que les musiciens soient tellement bourrés qu'ils ne puissent pas m'entendre jouer. Sydney Bechet, c'est des chiottes que je l'ai accompagné.´

L'homme a la réputation d'avoir choisi depuis longtemps de ne pas choisir. Entre cinéma, chansons, télé... `Faux´, dit-il. `Au départ, je n'étais attiré que par la musique. J'ai commencé le cinéma au moment où on me traitait mal dans la chanson. Je suis invité aux Césars mais pas aux Victoires de la Musique. Même à l'époque de Salut les copains, je n'étais pas sur la photo avec les autres blaireaux. J'étais le cancre de la classe.´

Un cancre qui s'amuse encore à la télé. Nestor Burma enterré, il vient d'achever un pilote pour TF 1. `Emilio Fargas, c'est le nom du flic que je joue. Mon grand-père s'appelait comme ça.´

Guy Marchand Demain j'arrête (Emi).

© La Dernière Heure 2002