Grand retour des papes du rap français. Saison 5 est un album encore plus engagé que les précédents

BRUXELLES Après un concert intimiste mardi soir à l'AB, les rappeurs d'IAM sont restés à Bruxelles le lendemain. Ils ont eu à enchaîner les interviews promo pour leur nouvel album Saison 5, attendu ce 3 avril. Au cours de la journée, Akhenaton, Shurik'n et Kephren se sont partagé le micro de la DH dans une ambiance plus que détendue. Détendu n'est en revanche pas l'adjectif le plus approprié pour qualifier leur nouveau CD. Saison 5 est une véritable bombe lyrique et musicale qui écartera un temps du chemin les fers de lance actuels du hip-hop français (Booba, Mac Tyer...). A près de 40 ans, les Marseillais ne semblent pas près d'être largués.

Après Revoir un printemps, vous avez dû quitter votre maison de disques EMI suite à des divergences de vues. Est-ce que cela aurait pu entraîner la fin du groupe ?

"(Shurik'n) Réellement, on ne s'est pas posé la question. Nous, on fonctionne à l'envie. Et puis le rap provoque toujours le même engouement chez nous, toujours la même la passion. (Akhenaton) Faut dire la vérité, ça traverse l'esprit. Mais la tournée précédente a ressoudé le groupe. Raison pour laquelle on a commencé la promo de Saison 5 directement par une tournée."

Aujourd'hui, qu'est-ce qui fait votre différence par rapport à la scène rap actuelle ?

"(Akhenaton) Notre différence, c'est qu'on vient d'une époque où les albums avaient une grande variété de sujets : un morceau mystique, un morceau engagé, un autre super marrant... On a gardé cela avec des flows différents à chaque fois. La nouvelle génération est plus dans un flow unique. Mais cela ne m'empêche pas d'avoir du respect pour certains. Chez Mac Tyer, il y a des trucs que je trouve vraiment bien, comme il y a des positions que je ne cautionne pas du tout."

Sur Saison 5, vos critiques vont surtout vers le rap facile...

"(Shurik'n) Il y a un certain discours qui est mis en avant, qui n'est pas forcément le dominant et qu'on veut faire passer pour le principal. Ça met de l'eau au moulin des gens qui veulent dénigrer notre musique. Le bling-bling, les grosses bagnoles : il ne faut pas confondre bad boy hardcore et révolte. À une époque où tu cherches à créer ta propre musique, tu ne seras jamais que la copie de... Moi, ça me gonfle de voir que le rap français est là depuis 20 ans, et qu'au bout du compte, on continue à copier les Américains."

Le morceau United évoque votre vision idéale de la France. On en est encore loin selon vous ?

"(Kephren) Notre vision idéale de la France, c'est l'équipe de France de football, black, blanc, beur. 1998, quand on gagne, personne ne parle d'échelle de valeurs, de couleurs... Tous unis sous la même bannière. Entend-t-on cela dans le discours politique ? On a l'impression qu'on écoute ce qu'on dit. Ségolène nous dit qu'il faudrait récupérer le drapeau français, le mettre dans toutes les maisons... (Shurik'n) A mon avis, ses conseillers en communication sont très forts."

En cette période politiquement tourmentée, vous vous exprimez très peu. Étonnant pour des personnes engagées comme vous ?

"(Akhenaton) On est face à un mur, c'est pour cela qu'on s'exprime peu. Tout est dit, tout est joué. Pour que tout ne soit pas joué, il faudrait une télévision à nous, car les choses se jouent dans la télévision. Le jouet du pouvoir c'est la télévision. On appellera toujours les jeunes à s'inscrire sur les listes électorales. Mais on n'ira pas au delà."

Ça vous dérange quand des rappeurs prennent position politiquement ?

"(Akhenaton) Ça ne me dérange pas. Je ne vois pas les rappeurs comme des citoyens à part. S'ils veulent prendre la parole au même titre que certains comiques ou artistes de variétés, ça les concerne. Mais ils auront le revers de leur prise de position. Nous, on ne veut pas de ça."

IAM, Saison 5 (Universal).



© La Dernière Heure 2007