Ice Cube parle de son nouvel album - Raw Footage - qui sort maintenant et de sa carrière au cinéma

DOUR À l'occasion de son passage à Dour, son premier en Belgique, nous avons rencontré Ice Cube. Le Godfather du Gangsta Rap a répondu à nos questions sur l'évolution de sa carrière, le rap, ses projets musicaux et cinématographiques.

Il y a vingt ans, vous chantiez B urn Hollywood Burn. Aujourd'hui, vous participez à cette grande industrie. Qu'est-ce qui a changé ?

"Quand j'ai fait cette chanson avec Public Enemy, on parlait des années 70 et des stéréotypes sur les Afro-Américains mis en avant dans les productions hollywoodiennes. Il n'y avait rien de neuf jusqu'à ce qu'un gars comme Spike Lee réalise son premier film. Il a prouvé que c'était plus productif de tenter de changer la culture en prenant part à l'industrie du cinéma. Et puis en jouant dans des films, cela donnera peut-être l'envie à des gars comme moi de faire du cinéma et peu à peu les mentalités évolueront dans le bon sens, j'en suis persuadé. C'est déjà le cas."

Depuis quelques années, votre carrière cinématographique semble avoir pris le pas sur la musique, quel média préférez-vous pour vous exprimer ?

"La musique sans hésitation. Dans le cinéma, je ne peux pas vraiment m'exprimer pour le moment. De plus, j'ai souvent joué dans des comédies ce qui n'est pas vraiment un vecteur politique. En plus un film, ce n'est pas qu'un seul homme. Tandis qu'en musique, je suis mon propre producteur, j'écris mes textes et je peux faire ce que je ressens."

Certains médias ont tendance à accuser le rap de tous les maux de la société. Qu'en pensez-vous ?

"Je pense que cette musique est le miroir de notre société. Et tu ne peux pas blâmer le miroir si lorsque tu te regardes dedans tu te trouves moche. Je fais du rap pour les gens dont on n'écoute jamais le point de vue. Les pauvres, les exclus de la société, les gens qui sont en prison, ceux qui ont le sentiment d'être des criminels. Mais les criminels ne sont pas des extraterrestres. Ce sont des citoyens qui ont enfreint des lois. Personnellement, je ne peux pas rester assis en condamnant leur comportement. J'essaie plutôt de comprendre le pourquoi de ce qu'ils ont fait. Les violences, les gangs, sont des choses terribles, mais c'est difficile de dire à des gamins de ne pas rejoindre un gang quand tu vois Bush et compagnie envahir l'Irak. Ce qui se passe au gouvernement se répercute dans la rue."

Cela fait plus de vingt ans que vous êtes dans le milieu du rap. Qu'est-ce qui vous donne l'envie de continuer ?

"C'est l'amour du hip-hop. Quand j'étais gamin et que j'en écoutais, je ne m'imaginais jamais que je deviendrai célèbre en faisant du rap et à vrai dire, je ne m'imaginais même pas faire du rap. J'étais juste un fan comme beaucoup d'autres. J'ai commencé pour le plaisir et ensuite je me suis dit qu'il était possible d'en faire mon métier. J'ai toujours aimé le rap, cela a toujours été une passion, un amour. C'est également le meilleur moyen d'expression que j'ai trouvé. Je suis et je resterai un B-Boy à vie."

Parlez-nous un peu de votre nouvel album Raw Footage qui sortira fin août.

"C'est un album comme je n'en avais pas fait depuis Death Certification. Ces dernières années, le rap incitait à l'évasion avec des thèmes légers comme : fumez de l'herbe, amusez-vous, sortez en boîte ou encore oubliez vos problèmes. C'est ce qu'on nous a proposé ces quinze dernières années. Maintenant je pense qu'il est temps de parler des problèmes sociaux. Qu'est devenu le rap politique et militant. C'est ce que j'ai essayé de faire avec Raw Footage."

On a entendu parler de votre éventuelle participation à l'adaptation cinématographique de la série des années 80, Agence Tous risques. Qu'en est-il ?

"J'espère. J'ai vraiment envie de faire ce film. Je devrais reprendre le rôle du Sergent Bosco Albert B.A. Baracus dit Barracuda incarné dans la série par Mister T. C'est un projet qui me tient vraiment à coeur. La preuve, je suis prêt à faire la même coupe de cheveux que Barracuda." (rires)

Ice Cube, Raw Footage (Lench Mob Records)



© La Dernière Heure 2008