Musique

Gérard Lenorman ne s'aime toujours pas. Mais il y travaille...

BRUXELLES Pendant des années, il s'est tu. Il n'a rien dit de ses souffrances, de ses drames. Il n'a rien dit de ce manque d'amour dans lequel il a grandi, il n'a rien dit de ce père absent, ni de la honte de sa mère. Et puis, à passé 60 ans, Gérard Lenorman a décidé de tout écrire. Du coup, maintenant qu'il assure la promo de son livre, il commente et commente encore ce qui fut sa vie jusqu'ici. Comme pour mieux aborder ce qu'elle sera demain. "J'évite de me répéter" , dit-il en plaisantant. "Je suis plein de ressources, j'invente des tas d'histoires... Non, j'ai attendu, je n'ai plus envie d'attendre. J'ai posé les valises encombrantes et surtout ce qu'il y avait dedans. J'espère vivre différemment, en ce sens j'entends un peu mieux . Je vais apprendre à recevoir, ce qui est très neuf pour moi. Rien que ça, accepter, ça change le sens de la vie. J'ai toujours voulu et provoqué les échanges avec le public. Je suis plus à l'aise avec mille personnes qu'en face-à-face et je voudrais essayer de corriger un peu ça. "

Vous avez l'impression d'avoir attendu trop longtemps ?

"Non. Il me fallait ce temps-là. Vous savez, un fruit, c'est long à venir. Si on le mange trop tôt, ce n'est pas bon. Si on tarde, c'est dégueulasse. Bref, avant que je ne sois dégueulasse... J'ai envie de vivre un peu avec moi. C'est difficile pour quelqu'un qui ne s'aime pas. "

Vous dites Je me prends pour Lenorman et ce n'est déjà pas facile...

"Ben oui, mais je vous assure que ça n'a pas été facile tous les jours. Mais je suis comme tout le monde finalement. "

L'écriture vous est venue naturellement ?

"Oh oui, ça sort facilement. Mais par contre, je n'ai pas de maîtrise. Alors, un coup c'est sec et puis, plus tard, c'est plus foisonnant. J'étais d'ailleurs dans mes petits souliers vis-à-vis de l'éditeur parce que, au dernier moment, j'ai voulu tout réécrire. Marie, ma femme, m'a aidé dans ce passage difficile. Surtout que je suis de ceux qui respectent la littérature. "

Vous racontez beaucoup de choses dans ce livre. Comment vivez-vous le fait qu'on ne retient que l'histoire de votre père, un soldat allemand ?

"C'est une histoire banale finalement et ce n'était pas le but du livre. Mais bon, c'est choc... Vous savez, quand j'ai commencé à connaître le vrai grand succès, j'avais trouvé un truc - et c'est pour ça que j'ai appelé mon livre comme ça -, quand on me parlait de mon enfance, mon passé, je répondais Je suis né à vingt ans. Parce que je ne voulais pas jouer sur la corde sensible des gens. Je pensais avoir naturellement les capacités à émouvoir les gens, sans utiliser de subterfuges . Mais pour être honnête, je crois que je suis né... après. Je me demande même si, socialement, je suis tout à fait né ."

Vous pensez que ce livre va vous y aider ?

"Oui, c'est déjà le cas. J'ai toujours refusé d'aller voir les psys et ce livre est mon dernier acte de psychologue pour moi-même... Je me suis inventé un monde immense, infini. J'ai évité les règles mais, de temps en temps, j'ai été rattrapé par la vie, les contingences matérielles... "

Aujourd'hui, au vu de la situation sociale en France, vous feriez quoi si vous étiez président ?

"On a un président qui semble avoir compris certaines choses. Ce qui agace le plus ses adversaires, c'est qu'il en a, comme on dit. Il ose faire ce que personne n'a osé faire, encore. Si j'étais président, les ministres et les élus ne feraient pas de politique. Et puis, les gens qui m'entoureraient seraient de toutes obédiences... Réunir les meilleurs .

Gérard Lenorman, Je suis né à vingt ans, Calmann-Levy.



© La Dernière Heure 2007