Isabelle Aubret sort le double album de son spectacle à Bobino

BRUXELLES De Jacques Brel, elle reprend Le plat pays, Amsterdam, Les Singes moins connue, et, bien sûr, La Fanette. Elle chante bien sûr Ferrat, Aragon et Leo Ferré. Mais aussi Souchon (C'est déjà ça) ou Francis Cabrel (Tout le monde y pense). Et puis de nombreuses chansons qu'elle créa au cours de quarante ans de carrière. Le double CD Bobino 2001 d'Isabelle Aubret: vingt-huit titres au total.
Ses courts cheveux blonds et sa petite taille lui préservent une éternelle jeunesse et les yeux d'Isabelle Aubret pétillent lorsqu'elle évoque son retour parisien de janvier dernier: `Je n'avais plus chanté à Paris depuis 1993. Mon producteur avait retenu la salle de Bobino pour quatre semaines. Sur Paris, nous n'avions obtenu aucune radio, aucun média, aucun sponsor. C'était comme si j'étais morte, comme si je n'existais pas. Pire que ça! On ne répondait même pas à nos courriers. Ça, c'est le pire mépris qu'on puisse imaginer. J'en ai eu un vrai chagrin. Puis le mois de janvier est arrivé et, très vite, les gens faisaient la queue dans la rue de la Gaité. Nous avons dû prolonger pendant deux semaines. Curieusement, si le mépris est toujours difficile à vivre, ses douleurs peuvent susciter une aventure formidable. Cela signifie bien que les médias n'ont que l'importante qu'on leur donne. Il existe plein d'artistes qui vivent sans les médias. Paul Personne, Linda Lemay, qui me plaît beaucoup, qui est pleine de talent et, en plus, elle est très jolie. Mais il faut dire, sans que cela ne soit péjoratif, qu'elle a reçu un formidable soutien d'Aznavour et de son équipe.´

Un petit bout de femme se bat

Vous avez vraiment débuté en 1961?
`Je dis toujours que j'ai commencé à l'âge de quatre ans, quand j'ai décidé: `Plus tard, je chanterai Mon prince viendra.´ Après, j'ai chanté dans des cabarets et j'ai aussi accompagné des orchestres. A l'époque, il était très difficile d'enregistrer son premier disque et moi, en outre, je souhaitais un répertoire de jolies chansons en pleine mode yéyé. Dans les non-yéyés, il n'y avait que les grands à vendre beaucoup de disques. Brassens, Brel, Ferré... Lui, il n'avait pas encore la popularité qu'il a eue avec des chansons comme C'est extra, mais, déjà, beaucoup de jeunes interprètes reprenaient ses chansons. Puis, en 1961, j'ai rencontré Gérard Meys, mon producteur. Cet anniversaire fête aussi les quarante ans d'une formidable amitié. J'ai aussi de grands souvenirs de cette époque-là. Y compris le jour où dans un cabaret, La Villa d'Este, je me suis retrouvée face à... deux spectateurs: un couple d'amoureux. Pour eux, j'ai chanté comme s'il y avait mille personnes. Je ne les ai jamais oubliés. Je suis certaine qu'eux non plus. Le bonheur et la complicité, dans ce métier, ce n'est pas seulement lorsque vous chantez devant quatre mille personnes.´

Vous avez tout de suite gagné l'Eurovision...
`Un an après. En 1961, c'est Jean-Claude Pascal qui gagnait avec Nous, les amoureux qui fut, en fait, mon premier disque. La chanson avait été écrite pour moi, mais, à l'époque, la co-création se pratiquait beaucoup. Jean-Claude Pascal l'a enregistrée aussi.´

Vous auriez pu vous contenter d'un répertoire de succès...
`Trop facile! Je pense que le public aime être bousculé. Une chanson comme Cantate pour une des banlieues de Paris qui parle de tous ces mômes qui, à cause de l'éclatement de leur cellule familiale, n'ont plus de repaires, plus de valeurs de vie, compensent par une violence inouie. C'est une chanson qui bombarde dès le départ. Dans Les singes de Brel, il en dit des choses, Jacques, avec son air de ne pas y toucher. Ces chansons expriment les cicatrices de la vie, les cicatrices du temps qu'un petit bout de femme se bat pour défendre.´

Isabelle Aubret, double CD Bobino 2001, Distrisound