Musique

Une enquête menée par CNN met en doute les raisons du décès du parrain de la soul disparu fin 2006. Il pourrait avoir été assassiné.

Le scénario est digne d’un film ou d’une de ces séries policières qui font le bonheur des téléspectateurs en soirée : James Brown, décédé depuis dix-huit ans, ne serait pas mort d’une complication liée à une pneumonie mais aurait été assassiné. C’est l’hypothèse avancée par CNN. À l’heure où les fake news et les théories du complot pullulent - l’annonce de la disparition de Gérard Jugnot en début de semaine en témoigne -, la prudence est évidemment de rigueur face à une telle bombe. Mais le travail d’investigation effectué et publié sur le site de la chaîne paraît des plus solides.

Deux années durant, un de ses journalistes, Thomas Lake, a mené l’enquête avant de mettre en doute la version officielle selon laquelle le parrain de la soul, atteint d’une pneumonie, a succombé d’une insuffisance cardiaque congestive aux petites heures du 25 décembre 2006. Il a épluché tous les éléments du dossier, à savoir des milliers de documents comprenant des rapports de police, des P.-V. judiciaires et des examens médico-légaux. Il a également mené près de 140 interviews. Bout à bout, ce qu’il a trouvé conduit à penser que la mort du chanteur n’est peut-être pas si innocente que cela.

Au cœur de l’enquête de Thomas Lake figure un témoignage, celui du médecin qui a signé l’acte de décès du chanteur. En poste à l’hôpital d’Atlanta où l’artiste avait été admis, le Dr Marvin Crawford affirme avoir toujours eu des soupçons sur ce décès. Interrogé, il a évoqué quelque chose de louche, un acte criminel, peut-on lire. Selon lui, l’état de James Brown a changé trop vite après son hospitalisation. "C’était un patient dont je n’aurais jamais prédit qu’il décéderait. Mais il est mort cette nuit-là et je me suis posé la question : ‘Que s’est-il passé dans cette chambre ?’ "

Autre élément troublant, ce même médecin a suggéré à Yamma, une fille du chanteur, de faire pratiquer une autopsie mais elle a décliné la proposition. Contactée par CNN, celle-ci n’a pas livré d’explication. À la lecture de l’enquête publiée par CNN, il s’avère que pas moins de treize personnes ont suggéré qu’une enquête criminelle soit ouverte par la police ou qu’une autopsie soit pratiquée sur le corps de l’artiste.

Encore faut-il que ce soit possible. Car qui sait où se trouve aujourd’hui la dépouille de celui que l’on surnommait Mister Dynamite ? Si James Brown a été inhumé en mars 2007 - seulement ! - dans un caveau familial situé sous la maison d’une de ses filles, Deanna Brown Thomas, à Beech Island, en Caroline du Sud, il ne devait pas y rester car un tombeau devait lui être construit à Atlanta. Qu’en est-il ? Mystère. Interrogée à ce sujet, la fille en question n’a ni confirmé ni infirmé la présence du corps sous son habitation.

À l’origine des investigations très fouillées menées par Thomas Lake, il y a le coup de fil que lui a donné en 2017 une femme qui prétendait pouvoir prouver que James Brown est mort assassiné. Elle s’était adressée au journaliste après avoir lu un de ses articles écrit en 2009 à propos du meurtre non résolu de Darren Lumar, un beau-fils du chanteur qui affirmait lui aussi que son beau-père a été tué. Non seulement l’initiative de cette femme a rouvert un dossier que l’on croyait enterré depuis belle lurette, mais il en a aussi ouvert un autre, celui de la mort en 1996 d’Adrienne, la troisième épouse du parrain de la soul qui, selon de nouveaux éléments, aurait elle aussi pu être assassinée suite à une surdose médicamenteuse. Et le journaliste constate des similarités étranges entre son décès et celui de son mari dix ans plus tard.

Trois morts - autant de décès suspects après lecture de l’enquête de CNN - et de nombreux mystères. Pourquoi ? Au profit de qui ? Et s’il s’agissait d’une de ces sordides affaires de succession et par là, de gros sous ? La question est posée par Thomas Lake.

Un juteux héritage trop convoité

Avec 4 mariages, 6 enfants légitimes, 3 illégitimes et beaucoup de tensions, la succession a été un véritable casse-tête.

Si avec la saga Johnny Hallyday vous pensiez avoir tout vu en matière de famille qui se déchire pour un héritage, que dire de ce qui s’est passé avec James Brown. Avec quatre mariages, six enfants nés de ceux-ci et trois en dehors reconnus suite à des tests de paternité, le casse-tête allait de soi. D’autant plus que du vivant du chanteur, il y avait déjà du rififi, notamment avec ses enfants. Au point qu’un jour, Mister Dynamite a confié à un de ses anciens gardes du corps que ceux-ci n’auraient pas un clou.

Dans l’enquête qu’il a menée, Thomas Lake a épluché le testament de l’artiste rédigé en 2000. Le document indique qu’il lègue sa maison et ses affaires personnelles à ses enfants, que l’éducation de ses petits-enfants doit aussi être assurée et que tout le reste ira aux enfants dans le besoin. De quoi déplaire à ses différentes épouses et à sa progéniture…

Le journaliste note également qu’en 2002, un conflit a opposé James Brown à deux de ses filles, Yamma et Deanna. Elles lui réclamaient la paternité de 23 chansons, dont celles des titres "Can’t Take It With You" et "Not Gonna Cry", et les royalties qui leur revenaient. Ce sont aussi ces deux filles qui, au lendemain du décès de leur père, ont tenté de faire main basse sur sa succession en s’invitant dans le trust chargé de gérer son héritage. Comme le frère de Laeticia dans celui de Johnny…

En décembre 2007, un an après la disparition de l’artiste, ses cinq enfants avaient exigé l’invalidation de son testament en faisant valoir que des conseillers de James Brown l’avaient poussé à établir des fonds caritatifs dont ceux-ci seraient partiellement les bénéficiaires.

Finalement, la succession de James Brown n’a été réglée qu’en 2015. Un juge a déclaré Tommie Rae Hynie, la dernière épouse du chanteur, comme étant sa veuve officielle et donc celle qui peut prétendre à bénéficier de la succession.