''Je suis beaucoup plus heureux aujourd'hui que je l'étais à 20 ans''

Musique

Propos recueillis par Isabelle Monnart

Publié le

''<i>Je suis beaucoup plus heureux aujourd'hui que je l'étais à 20 ans'' </i>
© TF1
Michel Sardou ? Mettez-nous un double !

BRUXELLES Il aura fallu attendre qu'il ait presque soixante ans dont quarante de carrière pour qu'il s'y risque. Jusqu'ici, à vrai dire, il n'y avait jamais vraiment pensé. Mais l'énergie communicative du directeur de sa maison de disques, AZ, l'a convaincu, pourquoi pas, de sortir un double album. Du coup, Michel Sardou est doublement content mais aussi doublement anxieux à la veille de la sortie de Hors Format, son 22e disque. Heureusement pour lui (et pour nous), il ne fume pas le double de cigarettes (à trois paquets par jour, on va s'arrêter là) et ce jour-là, à Bruxelles, sous un froid soleil d'automne, il était simplement très content. Rencontre.

Vous sortez un double album, donc parce que choisir c'est renoncer et que vous n'aimez pas ça ?

"Non, c'est le hasard, encore que je n'y crois pas beaucoup. Vous savez, chaque fois que prépare un album, je fais beaucoup de petits bouts de chansons, d'essais, de morceaux de trucs. Et puis, je les présente au directeur de ma maison de disques. C'est lui qui m'a dit que j'avais du matériel pour en faire un double. Finalement, ça m'a donné une liberté beaucoup plus grande car j'ai pu y mettre des chansons que j'aurais écartées s'il n'y en avait eu qu'un. Des chansons de laboratoire ! Et j'ai pu traiter de sujets moins faciles... "

D'habitude, choisir est une souffrance ?

"J e délègue, pour ça. Parce que je ne me fais pas confiance, moi. Dans ma tête, les chansons sont à égalité. Même si celles qui ne me plaisent pas du tout, je les mets directement à la poubelle. Parfois, j'ai une idée que je laisse voyager, pendant un an, deux ou un peu plus. Mais je me rends vite compte que j'ai pris un mauvais angle, que je vais dans le mur "

Daran est un des nouveaux venus dans votre équipe. Quelle qualité faut-il avoir pour y entrer ?

"Il faut ne presque pas me connaître ! Il ne faut pas venir avec une image de moi que l'on a parce qu'on m'a vu il y a dix ou quinze ans. J'ai envie que ces gens se servent de moi pour ma voix, comme un instrument. Je n'ai pas envie qu'on me propose de refaire ce que j'ai déjà fait. Je veux avancer, sans me renier, parce qu'il faut quand même que les gens se reconnaissent. Daran a apporté une couleur à lui, tout en respectant mes possibilités vocales, mon son, mais avec des textes intéressants."

Vous en avez souffert de cette image toute faite ?

"Oui et non. Les gens croient nous connaître à fond alors que personne se connaît vraiment. Certains pensent des choses qui viennent d'un passé lointain, parce qu'on leur a dit que... Les gens sont assez suiveurs, c'est tellement plus facile. Mais je n'en souffre pas. Je suis content de voir une nouvelle génération à mes concerts. Quant aux anciens, ils s'en foutent parce qu'ils n'ont jamais eu de mauvaise opinion. "

Le temps qui passe, qui est abordé dans plusieurs chansons, c'est un sujet qui vous obsède ?

"Pas du tout. On me le demande souvent, mais pas du tout. C'est nous qui passons, pas le temps. Je vais vous faire un aveu : je crois que je suis beaucoup plus heureux aujourd'hui qu'à 20 ans. Je ne suis pas obsédé par le temps qui passe, ni par la disparition.."

Sur cet album, vous avez des mots assez durs pour la France dans Allons danser ! C'était la chanson utile, avant les élections de 2007 ?

"Je l'ai écrite il y a un plus d'un an. Mais si elle sort là, tant mieux. Depuis un petit temps, on me demande pourquoi je ne l'ouvre plus ! D'un autre côté, mon métier n'est pas de faire de la provocation. Mais je ne prends pas parti, je ne fais pas de polémique, je ne suis ni d'un camp ni de l'autre. J'aborde des sujets qui, sauf intervention divine, ne seront pas résolus avant 150 ans, en France. Et j'efface la gravité des couplets par un refrain qui dit Laisse tomber. Quand j'entends les promesses non tenues, je me dis qu'il faut arrêter de se foutre de notre gueule. Moi, j'aimerais que les candidats me disent voilà ce que je pourrais faire et ce que je ne pourrais pas faire en cinq ans. Le pipeau, non merci. "

Michel Sardou, Hors format, (Universal)



© La Dernière Heure 2006

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