"Je ne suis pas un producteur de flan"

BRUXELLES Jean-Louis Murat avait une chemise estivale et le regard azur. A peine était-il arrivé dans la salle de presse, hier, quelques heures avant sa prestation sur la scène Proximus, que déjà l'ambiance était donnée. Au vu de son sourire narquois, on a très vite compris que l'exercice de l'interview n'est pas celui qu'il préfère le plus dans son métier. Mais il s'y est collé, puisque c'est le jeu, et avec humour.

D'entrée de jeu, on l'interroge sur l'hommage que Florent Marchet, nouveau venu sur la scène française, lui a réservé aux Francofolies de La Rochelle. "Ouais, c'est bizarre mais..." Il soupire, cherche ses mots. "C'est gentil mais bon. Ils prennent des prégrabataires comme moi pour ce genre d'hommage !" On lui parle de Spa, qu'il connaît plutôt bien puisque c'est la troisième fois qu'il s'y produit. "C'est vrai. Je le sais parce qu'on me l'a dit. Le programme est mieux qu'aux Francos ..." Un silence s'installe. L'assemblée le regarde d'un air interrogatif. "Ah oui, de la Rochelle ! , précise-t-il, hilare. Mais je ne suis pas très fan de ce genre de trucs en langue française. A la Rochelle, j'ai entendu quelqu'un qui chantait On ira tous au paradis en rappel, qui est quand même la chanson sarkozienne par excellence." Il en vient alors à parler de son travail, plutôt prolifique puisqu'il a sorti Taormina l'année passée et que le prochain disque, baptisé Charles et Leo , sortira en octobre, non sans nous offrir une anecdote de son cru. "Je me suis fait rentrer dedans à la Rochelle par Voulzy. Il m'a demandé pourquoi je disais toujours des saloperies sur lui. Je lui ai dit : parce que tu n'es qu'un branleur (sic.) Chacun fait un disque quand il veut, moi, depuis le début de l'année, j'en ai déjà enregistré deux."

Sur ce nouvel album à venir, donc, Murat ne se fait qu'interprète, mais pas de n'importe quels textes ni sur n'importe quelles musiques puisque les uns sont signés Baudelaire et les autres Léo Ferré. C'est Matthieu, le fils de ce dernier, qui lui a demandé de travailler sur ce projet. "J'ai hésité longtemps. Je ne m'en sentais pas tellement la carrure , déclare humblement le chanteur avant de reprendre le ton de l'humour pince-sans-rire. C'est un excellent disque, comme d'habitude. Avec le disque, il y aura un DVD... Et aussi un T-shirt... et une invitation à gratter pour gagner un dîner avec Sarko, comme ça beaucoup de gens l'achèteront." On essaie d'en savoir plus sur ce qu'il pense réellement du nouveau président français. "Mais avec Sarko, on ne pense pas. Sarko, on le vit !"

Avare de mots, quand il en prononce, vous l'aurez compris, il ne les mâche pas. "La chanson française n'en a plus pour très longtemps. Ce qui va la remplacer ? La chanson charabia ! Je le vois déjà avec Baudelaire : les gens ne comprennent pas, pour la plupart, un mot sur deux. La situation est grave et désespérée." Murat ne fera pas de tournée avec ce disque. "Vous savez, j'ai un tel ego que lors de la phase finale du disque, je me suis rendu compte que j'avais changé des mots dans les textes de Baudelaire ! Alors, non, je ne ferai pas de tournée avec ce disque."

Une question porte alors sur son atypisme. "Moi, je suis tout à fait normal mais il y a plus de caractère et de personnalité chez les employés de banque que chez les artistes français. C'est le désert question personnalité de ce côté-là." Il enchaîne : "J'ai un très mauvais rapport avec tous mes confrères, qui sont tous des bourgeois. Je l'ai dit d'ailleurs à Voulzy. Mais il m'a dit que ça ne se disait pas ce genre de choses, qu'il y avait une omerta dans ce métier. Pff... De tout ce qui vient de France, il n'y a rien de bon !"

Et d'accuser les journalistes d'aimer le flan, comprenez d'aimer poser des questions dont la réponse n'est pas forcément intéressante, voire complètement bateau. "Moi, je ne suis pas producteur de flan. " Et à un enfant, qui lui demande alors quelle chanson de son répertoire il aime le plus et laquelle il aime le moins, il se marre : "Tu as déjà la fibre du producteur de flan, toi... "



© La Dernière Heure 2007