Une prestation inédite avec Giant Sand en apéro et au pousse-café. Frissons

BRUXELLES Frissons et émotion ont envahi l’assistance du Cirque Royal, dimanche, où l’Australienne Sophie Moleta, les Américains Giant Sand et l’Auvergnat Jean-Louis Murat se produisaient en clôture des Nuits Botanique.
Murat, dont le double live principalement capté à l’Ancienne Belgique sera commercialisé par Virgin le 10 octobre, a une fois de plus admirablement bien soigné son public belge. La rumeur parlait d’un concert en deux parties, truffé d’inédits, d’anciens morceaux et de surprises. C’est un peu tout cela qu’il nous a offert avec son humour, sa fausse nonchalance, son vrai trac et une beauté poétique qui, en chanson française contemporaine du moins, n’a que le style de Bashung pour rival.

Lancé sur le mode intimiste (guitare sèche et basse), le set s’est peu à peu étoffé avec le travail inouï derrière les machines d’Alain Bonnefont, Denis Clavaizolle et Régis Oomiaq, chargés de tapisser à l’aide de subtils effets sonores les compositions atmosphériques de Murat. Un Murat qui, par rapport à ses concerts précédents en Belgique (Botanique, AB, Francofolies de Spa), a préféré triturer ses guitares comme un apprenti guitar hero plutôt que de s’abandonner aux charmes mélodiques des claviers.

La force, la magie aussi, de cet artiste hors normes réside dans cette volonté de se renouveler sans cesse. Si le répertoire s’appuie encore volontiers sur le petit dernier, Mustango, les versions proposées de Jim, Au Mont sans-souci ou encore Nu dans la crevasse n’ont plus rien à voir avec les originales. Enfin, c’est avec un plaisir évident que le public a pu replonger dans des compositions qu’il n’avait plus interprétées depuis longtemps. On pense notamment à cette très belle version du Lien défait, sur laquelle il a invité Howe Gelb, le leader de Giant Sand.
Le groupe américain, qui retrouvait ainsi Murat après avoir participé à l’enregistrement à Tucson de Mustango, a lui aussi livré un spectacle de qualité et hors de l’ordinaire. Giant Sand, dont on vous recommande le dernier opus, Chore of enchantment (dist. PiaS), est formé de Howe Gelb, du batteur John Convertino et du contrebassiste Joey Burns. Ces deux derniers étant également membres de Calexico auquel renvoie la chanson Viva Calexico que Murat a jouée avec Joey en rappel. Tels les coyotes qui hantent son Texas natal, ce groupe joue à l’instinct, tant sur scène que sur disque. Sans trop se soucier des déchets inhérents à une telle démarche (morceaux abandonnés après un seul couplet, improvisations, temps morts, progression chaotique), il a proposé une recette enivrante mais pas évidente à avaler de rock décalé, de jazz inspiré et de country.