Elle a retrouvé les studios... et Salvador

BRUXELLES Derrière son visage grave aux traits un peu tirés - des travaux dans son hôtel l'avaient empêchée de dormir pendant presque toute la nuit -, elle cache des sourires de petite fille. Derrière ses yeux curieux, une intelligence et une grâce indicible. Que l'on retrouve de part en part de Not going anywhere, son nouvel album en anglais. De sa voix douce, qu'elle perd parfois un peu, elle égrène balades pop et folk pour son plus grand bonheur et le nôtre. Rencontre.

Déjà au moment de la sortie de votre album précédent, La disparition, vous disiez avoir envie d'en sortir un autre en anglais...

«Oui, j'avais enregistré pas mal de chansons en anglais, notamment pendant la période de La disparition . On m'a donné la chance de retourner en studio pour travailler à un album entier. Sur Not going anywhere, il y a d'ailleurs quatre chansons qui figuraient sur La disparition...»

C'est naturel pour vous d'écrire et de chanter dans les deux langues?

«Oui. L'anglais est une langue dans laquelle j'aime beaucoup écrire. Mon premier amour, dans la musique, c'est la folk. C'est de ce genre-là que j'avais envie. Au départ, pourtant, il n'y avait même pas de vraie sortie de prévue.»

Vous parvenez à mettre votre énergie dans un disque qui ne verra peut-être même pas le jour?

«Oui. Cela m'est déjà arrivé. Souvent, j'enregistre des chansons qui me plaisent quelques jours et que je trouve moins belles ensuite. Peut-être que, plus tard, quand je les réécouterai, j'aurais envie de les améliorer. Mon métier ne s'arrête pas à faire douze chansons par an.»

Comment faut-il comprendre le titre de l'album, Not going anywhere (que l'on pourrait traduire par N'aller nulle part) ?

«Ah, mais comme on veut. Cela représente pour moi des choses que je serais bien incapable d'expliquer, parce que l'écriture est instinctive. Cela devient un scénario plus solide à la fin... A chaque fois que j'essayais de connaître la couleur de l'album, j'étais confrontée à autre chose. Et ce sera différent pour chaque personne qui l'écoutera.»

Vous collaborez une nouvelle fois avec Benjamin Biollay sur cet album...

« Les chansons sur lesquelles il a travaillé datent de l'époque de La disparition. Après avoir fait énormément de choses ensemble, on arrive toujours à un moment où on a l'impression de se répéter. Ou alors, on a envie de se taper dessus... parce qu'on se répète.»

Vous écrivez pour les autres avec autant de plaisir que pour vous?

«J'écris rarement pour les autres. Je collabore à des projets, de A à Z, je travaille avec des gens qui sont en rapport avec mon univers. Mais écrire une seule chanson pour quelqu'un, je ne le fais pas. Sauf pour Henri Salvador, pour qui j'ai signé Ma chère et tendre . Mais c'est parce que l'on avait déjà travaillé ensemble et que cela avait quelque chose de symbolique.»

Keren Ann, Not going anywhere (EMI)

© La Dernière Heure 2003