" Ces dernières années, il y a eu beaucoup de femmes battues et tuées, et les confinements n'ont fait qu'accentuer ce fléau, explique Gérard Lanvin, au Parisien, au sujet du titre qu'il a écrit et qui a été composé par son fils Manu. J'ai été percuté par ces affaires, mais aussi par les discours de Muriel Robin, Florence Foresti...". Voici quelques paroles de son "appel à l'aide": "Le mal tourne mal. Des cris des coups, des vies dévastées. A nous tous de nous en inquiéter et de faire avec force ce que nous avons à faire. Refuser et aider."

"J'ai toujours été sensibilisé à ce sujet"

L'acteur, âgé de 70 ans, raconte la genèse de son single qui annonce un album intitulé "Ici-bas" dont la sortie est prévue pour le 21 mai prochain. "Quand mon fils de 47 ans m'a dit j'ai composé dix musiques, sors tes carnets de notes et faisons ensemble des chansons, j'ai écrit dix textes sur la situation sociale d'aujourd'hui, poursuit Gérard Lanvin au Parisien. Et les violences faites aux femmes en font malheureusement partie. J'ai toujours été sensibilisé à ce sujet, car j'ai été élevé par des femmes, deux sœurs et une maman, mon père étant parti en sanatorium (...) Je dois aussi beaucoup à ma femme, qui est très forte et qui m'a donné confiance en moi et aidé dans mon parcours. On doit les protéger autant qu'elles nous protègent". Les bénéfices du tout premier disque de Gérard Lanvin seront d'ailleurs reversés à l'Union Nationale des Familles de Féminicide.


En Belgique, Benny B chante aussi les violences intrafamiliales et essaye d'éveiller les consciences

Plusieurs études ont fait part d’une augmentation des violences intrafamiliales durant le confinement. Marie-Cécile Remy, psychologue clinicienne et criminologue, avance une hypothèse qui relativiserait cette augmentation, comme on l'apprend par communiqué. "Cette violence a toujours existé mais le confinement a permis à l’Etat de supplanter la famille en gérant les relations intimes (bulle sociale, restriction des contacts sociaux)."

Avec le chanteur bruxellois Benny B (Mais vous êtes fou?), elle s'engage. Leur proposition concrète appelle "un changement de paradigme en matière de politiques de prise en charge des violences conjugales.
C’est à l’auteur des violences de quitter le domicile, pas à la victime."

Le chaînon manquant

Touchée par le message avant-gardiste de Benny B dans sa dernière chanson, "Je suis un monstre", la psychologue de terrain Marie-Cécile Remy, décide de le rencontrer et de revêtir sa casquette de criminologue pour sensibiliser sur l'importance de changer notre vision. "Cette chanson touche les cœurs et les générations, explique l'artiste. Il nous sensibilise et focalise l’attention sur l’agresseur en jouant sur l’effet miroir. Ce changement de paradigme doit faire prendre conscience de la racine du problème. Il s’agit de mettre en évidence la culpabilité de l’agresseur, le véritable déclencheur d’une situation subie par la victime. Il faut davantage le prendre en charge et assurer un suivi qui prévient toute récidive de violence, ou du moins les limiter, et ce qu’elle soit physique ou psychologique.”


En 2021, la victime doit avoir d’autres alternatives que de quitter son milieu de vie, insiste la psychologue. "Comment agir sur le terrain ? Que manque-t-il, malgré les ressources et structures existantes ? Comment améliorer les prises en charge afin qu’elles soient plus conformes aux valeurs actuelles. En somme, quel est le chaînon manquant ? Déclarer que la femme a toute sa place dans l'espace public ne suffit plus. En 2021, il reste nécessaire d’agir et de mettre tout en œuvre pour qu'elle garde sa place dans son espace intime et préserver ses droits fondamentaux. Sinon, nous passons à côté des priorités."

"Non assistance à femme en danger", même en Belgique

Comme le précise le communiqué, les politiques publiques ne peuvent plus se contenter de véhiculer des messages tels “non aux violences conjugales” et ne proposer que des solutions ponctuelles sans assurer une continuité dans la prise en charge. "Le moment est venu de passer aux actes. La solution proposée est concrète et aisée à mettre en œuvre pour lutter contre les violences intrafamiliales." Comme l’a dit Luc Frémiot, magistrat en France : "il y a non-assistance à femmes en danger! "

Le communiqué termine en précisant qu'à l’heure actuelle, des équipes mobiles en matière de violences intrafamiliales existent en France et en Ukraine. "Si en Belgique, la compétence est dévolue aux entités fédérées de notre pays, rien n’empêche le niveau fédéral de créer une task force transversale afin de faire de la lutte contre les violences faites aux femmes, une véritable et sincère priorité."