Le troisième opus de la première dame de France est un cas d'école

PARIS Le troisième album de Carla Bruni a commencé à être dévoilé à la presse avant sa sortie le 21 juillet : ce disque artistiquement réussi est aussi le plus atypique de l'histoire de la chanson française puisque la musicienne est la femme du président de la République. La maison de disques Naïve organise depuis mardi des écoutes de l'album pour la presse, au studio Labomatic à Paris, près des Champs-Élysées, où il a été enregistré. Elles réunissent à chaque fois trois ou quatre journalistes, dont la liste a été visée par Carla Bruni.

Les textes des quatorze chansons de Comme si de rien n'était, le titre de cet album de 42 minutes, ont été distribués aux journalistes, qui ont pu prendre des notes mais pas repartir avec les paroles dactylographiées.

Le statut de Première dame de la chanteuse rend ses paroles sujettes à la surinterprétation. Celles de la chanson Tu es ma came , qui dresse un parallèle amusant entre l'amour et l'addiction à la drogue, a suscité jeudi une protestation du ministre colombien des Affaires étrangères Fernando Araujo, après avoir été reproduites dans Le Figaro au terme de la première écoute.

Naïve souhaitait que les informations sur l'album ne paraissent pas autant en amont de sa sortie. "Tu es ma came/Plus mortel que l'héroïne afghane/Plus dangereux que la blanche colombienne" , disent les paroles de cette chanson écrite avant la rencontre entre l'ex-mannequin et Nicolas Sarkozy. Dans Je suis une enfant , Carla Bruni chante "Je suis une enfant/Malgré mes 40 ans/Malgré mes 30 amants" .

Dans un entretien au magazine VSD, elle a estimé que la perception qu'auront les gens du disque "ne sera pas que musicale" et que la critique "risque d'être brouillée" par le fait qu'elle est la femme du président. Le système d'écoutes organisé par Naïve est fréquent car il permet aux maisons de disques de se prémunir contre le piratage sur internet, contrairement à l'envoi d'albums à la presse.

Le producteur Dominique Blanc-Francard, dont le rôle est la mise en sons du disque, et qui a assisté à l'écoute, confesse que l'agitation autour de cet album très particulier, plus d'un mois avant sa sortie, est inédite. "Je n'ai jamais vécu ça" , a-t-il dit en avouant "se croire parfois dans Le salaire de la peur" en raison de ce contexte sensible. Après la divulgation, en décembre, de la relation entre Carla Bruni et son futur mari, M. Blanc-Francard a "pensé que l'album ne sortirait jamais".

Pour autant, il affirme que l'enregistrement s'est déroulé en toute décontraction et "sans aucune contrainte". Le disque a été terminé durant la première semaine de juin. Carla Bruni a signé tous les textes, à l'exception de La possibilité d'une île (un poème de Michel Houellebecq), Péché d'envie , coécrit avec son ancien compagnon Raphaël Enthoven (le père de son fils), You belong to me (morceau en anglais qu'a chanté Bob Dylan) et Il vecchio e il bambino , une reprise du chanteur anarchiste italien Francesco Guccini. La musique de Déranger les pierres est signée Julien Clerc. Artistiquement, le disque est réussi, avec un travail de production remarquable de M. Blanc-Francard, qui a voulu teinter la folk de Carla Bruni d'"une couleur sixties" . Les arrangements sont amples et élégants et certaines chansons rappellent les Beatles ou les slows des années 60/70.



© La Dernière Heure 2008