Le Sérésien Benjamin Schoos sort un brillant troisième album. Concert ce mardi au Botanique

BRUXELLES Une guitare acoustique pincée avec grâce. Une voix sombre qui se plaint du manque de communication dans nos sociétés surpeuplées. Un violon qui tapisse discrètement l'atmosphère... Voilà comment s'ouvre Forgotten ladies, troisième album de Miam Monster Miam, alias Benjamin Schoos. Soyons honnête... On pense à tout sauf à un artiste sérésien de 25 ans pour être ainsi capable de nous émouvoir en quelques secondes. Mais, passé l'effet de surprise, et de honte aussi, on se dit que oui, après tout, pourquoi pas? Après les Sharko, Venus, Zop Hopop, Daan, Dead Man Ray, Karin Clercq et autre An Pierlé, voilà encore un p'tit Belge pétri de talent qui nous bouleverse avec une simplicité de moyens mais une débauche d'idées et de mélodies.

Miam Monster Miam a sorti son premier album en 1998. Riche de seize plages et truffé de bidouillages naïfs mais savants, Cum at the liquid fancy fair était dédié notamment à Benny Hill. Deux ans plus tard, paraissait Hey tank! Ici aussi, le côté burlesque et quelque peu kitsch de cet écorché vif prenait (trop) souvent le dessus. Mais l'auditeur attentif pouvait aussi déceler la force quasi envoûtante des compositions enfantées par Benjamin.

Changement de décor avec ce nouvel opus. Le ton est plus mélancolique, le propos faussement désabusé et les arrangements (de belles guitares sèches, des cordes discrètes mais efficaces) sont d'une finesse exquise.

`J'aime aller à l'essentiel´, explique Benjamin. `Pour chaque chanson, j'essaye de me limiter à une idée et de ne pas surcharger l'ensemble. Sur mes albums, la plupart des morceaux ne dépassent pas les trois minutes. Cette simplicité n'exclut pas le fait que chaque composition doit être peaufinée à l'extrême. Pour ce disque, j'ai eu la chance de travailler avec Philippe Corthouts (NdlR: surtout connu du grand public pour être le guitariste de Sttellla). Il est doté d'une immense culture musicale. C'est aussi un grand collectionneur d'instruments à cordes pincées.´

L'apport de Philippe Corthouts comme guitariste et producteur ainsi que la complicité de quelques autres pointures de la scène acoustique (Jacques Stotzem, André Klenes, Renaud Lhoest) donnent à Forgotten ladies des couleurs très country/folk. Pouvant compter sur ces musiciens inspirés, Benjamin a pu se concentrer encore davantage sur le chant et l'écriture.

`J'ai énormément travaillé ma voix pour cet album. Par rapport à mes deux disques précédents et même à la majorité des productions rock, elle est placée volontairement très en avant. Les textes ont aussi été plus fouillés. J'écris toujours en anglais. C'est mon anglais à moi. Je m'en fous qu'on me reproche des fautes de syntaxe ou mon accent. Tout le monde a un accent! Quand Björk ou Manu Chao chantent en anglais, ils ont aussi un accent...´

Si Benjamin a quelque peu été déçu des faibles ventes de Hey tank! (à peine 1.000 exemplaires), il n'est pas pour autant découragé. Que du contraire... `Si les gens doivent me découvrir, j'aimerais que cela se fasse avec ce nouvel album. C'est le bon moment. Je me suis beaucoup investi, humainement et artistiquement. Pour rentrer dans mes frais, je dois en écouler entre 5 et 6.000 exemplaires. J'espère pouvoir l'exporter.´

Avant de représenter la Belgique dans la section Découvertes du Printemps de Bourges, Miam Monster Miam se produira ce mardi au Botanique. Les médias francophones sont déjà tombés sous le charme de Forgotten ladies. Les ondes flamandes se montrent curieuses et d'autres projets (tournée, B.O. pour un film d'Olivier Smolders, sortie à l'étranger...) bourdonnent déjà dans la tête de cet attachant artiste qui, c'est sûr, a déjà sorti l'un des meilleurs albums belges de l'année.

Miam Monster Miam, Forgotten ladies (Distrisound). Au Botanique ce mardi 28.

© La Dernière Heure 2003