La chanteuse britannique a ensorcelé le public samedi soir. Impossible de ne pas tomber sous le sort et le charme de Florence Welch.

Il a fait chaud, samedi, à Werchter, au propre comme au figuré. Après le concert du rappeur Macklemore, bien décidé à ne pas laisser la chaleur gâcher la fête, ou plutôt à « suer pour faire sortir le diable », et celui d’Angèle, heureuse de revenir pour la deuxième fois consécutive au festival, c’est au tour de la reine Florence Welch de faire son entrée. Pied nu, comme à l’accoutumée, vêtue d’une longue robe vaporeuse, la chanteuse britannique entame son set avec June, issu de son dernier album (2017), qui enchaîne avec Hunger, et déjà, le public s’échauffe.

La musique de Florence + the Machine s’apparente à un exutoire, tant pour le public que pour la chanteuse. Elle danse, tourbillonne, sautille. Pour introduire le titre Patricia, la londonienne de 32 ans rappelle qu’elle a écrit cette chanson en l’honneur de la grande Patti Smith, dont elle invoque l’esprit. Elle parle d’une petite voix, presque fluette, qui contraste avec ses vocalises puissantes. A la moitié du titre Dark Days are Over, Welsh demande à ses spectateurs de se prendre dans les bras, et la majeur partie accepte de jouer le jeu. "J’ai une requête un peu étrange à vous faire", lance-t-elle ensuite. "Rangez vos put… de téléphones !". Ce que les spectateurs feront quelques minutes, avant de les ressortir à la chanson suivante.

© JC Guillaume

Gorgé de bienveillance

La scénographie est sobre, composée d’un socle en bois, sans grand décor ou effet. Florence Welch occupe à elle seule toute la place et habite la scène d’une main de maître. Elle a le public dans sa poche, envoûté par ses gesticulations et fasciné par son univers pop et baroque. Son attitude est magnétique, sa voix planante. La harpe accentue l’effet ensorceleur du spectacle. Les musiciens sont un peu effacés, toute la lumière est prise par l’enchanteresse britannique.

Ses concerts sont lumineux, conçus comme de grands bains d’amour et de tolérance. Dès que les premières notes du tube en puissance You’ve Got the Love retentissent, les milliers de spectateurs forment des cœurs avec leurs doigts avant de s’égosiller sur leur titre préféré. Une marée de bras en l’air s’élève dès que les paroles "Sometimes I feel like throwing my hands up in the air" se font entendre, et la chanson se finit lorsque le soleil se couche dans des tons orangés.

© JC Guillaume

Jusqu’à la blessure

Avant d’entamer Cosmic Love, Florence Welch se souvient que lors de ses premiers concerts, elle chantait sur scène en ayant bu ou en étant en gueule de bois. "Personne n’aurait pensé que je serai encore là dix ans après", assure-t-elle avec fierté, avant de remercier le public : "Merci d’avoir gardé mes chansons à l’abri". Sur What Kind of Man, elle se balade dans le public, fait courir ses gardes de sécurité, pose sa tête contre le front d’une jeune fille, se tient debout sur la barrière soutenue par quelques spectateurs. La britannique a besoin de contacts, de toucher ses admirateurs, parfois en pleurs.

Il y a des petites effluves christiques qui s’échappent de ses spectacles. Le côté gourou qui s’adresse à ses disciples dérange parfois. Mais le show tient la route, la prêtresse assure. Son concert se termine alors que le bas de sa robe est tâché de sang, elle s’est ouvert la jambe. Elle montre sa blessure avec une sorte de satisfaction, comme si ceci était la preuve qu’elle se donnait toute entière à son public, peu importe le prix.

© JC Guillaume