L'histoire commence à Bruxelles

Musique

Propos recueillis par Eddy Przybylski

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L'histoire commence à Bruxelles
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Une biographie de Barbara par le président d'une association qui perpétue son souvenir

PARIS Bruxelles. 1950-1955. Les premiers cabarets. Voilà le titre du premier chapitre du livre Barbara, J'ai traversé la scène que Didier Millot, président de l'Association Perlimpinpin Barbara, signe aux éditions Mille et une nuits. Il est un fait peu connu, c'est que, effectivement, Barbara a fait ses vrais débuts dans de petits cabarets de la chaussée d'Ixelles et de la Porte de Namur, quelques années avant de devenir, à Paris, la reine de L'Ecluse, cabaret de prestige. Au point d'ailleurs qu'un journal bruxellois, évoquant Barbara, parla d'une «nouvelle chanteuse belge».

Dans son livre, Didier Millot décrit minutieusement ces cabarets aujourd'hui disparus: «J'avoue que j'ai mis un peu de fiction dans ces descriptions. Mais pas totalement. D'abord parce que, en 1997, j'ai vécu pendant huit mois à Bruxelles et j'ai recherché ces endroits que Barbara fréquentait alors. J'ai aussi retrouvé des gens qui m'ont raconté. Claude Sluys, par exemple, qui fut l'unique mari de Barbara. Elle avait déjà une personnalité fascinante, une aura extraordinaire qui fait que lorsqu'elle entrait dans un endroit surpeuplé, tout le monde la regardait.»

Personnellement, vous l'avez connue?

«Je l'ai surtout connue comme femme de scène et je la rencontrais à l'issue de ses spectacles. J'allais la voir, on bavardait. Et on a eu un échange épistolaire puis, à la fin, de fax. J'ai reçu un dernier fax d'elle le 12 novembre 1997, quinze jours avant qu'elle ne parte. Pour moi, cette disparition fut d'ailleurs complètement inattendue. Je savais, bien sûr, qu'elle était malade. Au reste, la dernière fois qu'on l'a entendue, aux Victoires de la Musique, en mars 1997, sa voix tremblait. Mais on savait, par ailleurs, qu'elle écrivait ses mémoires. On ne pensait donc pas que la fin pouvait être si proche. «

Vous possédez son 78 tours belge?

«Il y en eut une édition canadienne que j'ai pu acheter à une convention. Ça vaut cher, mais ça se trouve encore.»

Sur les photos de l'époque de Bruxelles, Barbara est une femme ronde. Très peu de temps après, à l'Ecluse, on la verra longiligne.

«Il est évident qu'à Bruxelles, elle a essayé de se construire un personnage. Elle n'est pas encore la longue dame brune . Elle se recherche une tenue de scène, une gestuelle particulière, un phrasé... Elle marchait dans le sens de son rêve d'enfance: devenir une pianiste-chanteuse. Elle a fait des études de chant classique, mais le piano, elle l'a appris sur le tas. Elle écrivait les musiques à l'oreille. «

Son mari disait qu'à l'époque, elle détestait le fait d'écrire. Vous racontez qu'elle lisait très peu. Or elle devient un des grands auteurs de son époque.

«Barbara était une femme d'instinct. Elle avait une mémoire visuelle extraordinaire. Elle n'avait donc pas besoin de lire un livre entièrement pour se l'approprier. Elle avait quand même beaucoup de livres dans sa bibliothèque. Notre association en possède quelques-uns, avec énormément d'annotations. Elle écrivait des choses dans les marges. Elle avait un contact très vivant avec ses livres. «

A-t-elle fini aveugle, comme on l'a dit?

«Non, c'est une légende. Elle était très myope, avait besoin de ses lunettes. Elle avait aussi été opérée parce qu'elle ne distinguait plus les couleurs. Mais l'opération avait réussi. «

Reste-t-il des chansons inédites de Barbara?

«Plutôt des versions inédites de ses chansons. Pas des chansons inconnues, comme ce fut le cas pour Brel.»

Didier Millot, Barbara, J'ai traversé la scène, éditions Mille et une nuits.

© La Dernière Heure 2004

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