Incubus a acquis une maturité qu'il compte bien défendre en concert ce samedi à Louvain...

ROTTERDAM Dimanche dernier, Incubus avait choisi l' Arena de Rotterdam pour défendre devant 6.000 fans médusés A Crow Left Of The Murder, son dernier album en date. Le show a d'ailleurs débuté, comme l'album, par le titre très controversé Megalomaniac dont la vidéo a frappé les esprits les plus tourmentés. «C'est, sans aucun doute, le meilleur clip que nous ayons réalisé», nous avoue sans détour Brandon Boyd. «Ses images obscures et sombres lui confèrent un côté effrayant. Car il s'agit d'une superposition d'images de Jesus, de Mussolini, d'Hitler. Il y a un véritable message antifasciste à travers cette chanson. Nous l'avons réalisé avec Floria Sigismondi. Elle nous a transmis sa vision d'Incubus et nous trouvions ça plutôt cool de sa part...»

Ce soir-là, Brandon Boyd est vêtu d'un simple tee-shirt blanc et d'un jeans bleu. Celui que certaines considèrent comme un véritable sex symbol ne déshabille pas ses opinions pour autant lorsqu'il écorne, au travers de cette chanson, le Président des Etats-Unis. «Cela ne lui est pas spécialement destiné», poursuit-il. « Megalomaniac parle de l'énergie destructrice développée par les hommes. Si on fait un rapprochement vis-à-vis de lui tant mieux. J'aime le voir... en dehors de son bureau. J'en suis arrivé au point où je me verrais bien voter pour n'importe lequel des candidats qui seraient capables de le destituer de son poste de président.»

Car même s'il est techniquement plus aseptisé, plus fusionnel et expérimental que ses aînés, le nouvel album d' Incubus se veut tout aussi incisif dans ses propos toujours aussi engagés... «Il n'y a pas de moment spécialement approprié pour aborder ces thèmes», poursuit Brandon Boyd «Mais on ne peut pas accepter que tout un peuple soit puni à cause des actes d'un seul homme. Quand le citoyen est effrayé par l'idée de pouvoir être en désaccord avec la politique de son gouvernement, l'idée même de l'Amérique et de sa prétendue démocratie est en péril. C'est exactement ce qui se produit en ce moment avec Bush et la guerre en Irak. L'Amérique est sale...»

Une colère toujours aussi vive

Les Californiens n'ont pas la prétention de pouvoir nettoyer à travers ses gammes les mauvais choix politiques de son pays. Car Incubus reste, avant tout, un groupe de musique. Un groupe de neo-metal qui ressemble désormais plus à Red Hot Chili Peppers qu'aux grands frères de Korn. Car les cinq musiciens n'ont reculé devant rien pour asseoir leurs expériences. Même DJ Kilmore n'hésite pas à faire tourner ses platines aux rythmes un peu moins enragés des riffs de guitare. «Mais notre colère est toujours aussi vive», poursuit Brandon Boyd. «Elle est peut-être un peu plus spirituelle aussi. Cela fait des années que nous nous entretuons. On a tout essayé mais ça ne fonctionne pas. Il est temps que cela s'arrête...»

L'incube (NdlR: du latin Incubus qui décrit un démon masculin doté d'un esprit malfaisant) a fait son oeuvre. A Crow Left Of The Murder est assurément l'album de la maturité. Celui-là même qui devrait ouvrir à Incubus les portes d'une notoriété que sa musique parfois un peu trop alambiquée ne lui rétribue pas forcément. A tort d'ailleurs...

Incubus, A Crow Left Of The Murder... (Epic), sera en concert, ce samedi, à 19h30 au Brabanthal de Louvain. Info et Rés.: www.goformusic.be ou 0900/260.60

© La Dernière Heure 2004

ENVOYÉ SPÉCIAL AUX PAYS-BAS FRÉDÉRIC DE BIOLLEY