En lice pour une Victoire de la musique dans la catégorie artiste féminine, avec Suzane et Aya Nakamura, la chanteuse Pomme, 24 ans, vient de faire de terribles accusations à l’encontre du secteur de la musique. Dans une lettre publiée sur le blog de Mediapart, elle dit avoir été “manipulée, harcelée moralement et sexuellement”.

Les faits remontent à ses débuts explique-t-elle, lorsqu’elle avait 15 à 17 ans. “J’ai été l’objet de quelqu’un, façonnée selon ses fantasmes et déviances psychologiques, indique-t-elle. Je ne choisissais rien de ma vie (comportements, fréquentations), ni de mon apparence (vêtements, maquillage, épilation), ni de la direction artistique de mon propre projet musical naissant à l’époque. J’ai été manipulée jusqu’à en perdre totalement confiance en moi, confiance si fébrile à cet âge-là”. La chanteuse ne cite pas de nom, juste l’âge de celui qui exerçait cette emprise sur elle. Il avait 30 ans, elle seulement 16.

Sexualisée, rabaissée et contrôlée

Elle dit avoir été détruite mentalement et avoir mis des années à retrouver une confiance en elle pour être qui elle est aujourd’hui. Les détails qu’elle livre font froid dans le dos. Il lui était demandé d’être plus sexy, de moins faire l’enfant. Elle était sexualisée, rabaissée et contrôlée de toutes parts.


"Je ne suis pas une exception"

Pomme l’affirme, “je (ne) suis pas la seule, je (ne) suis pas une exception”. “Il y a donc un grand nombre d’hommes qui évoluent dans cette industrie en étant des harceleurs, des agresseurs, des violeurs. Un nombre que personne ne peut imaginer”, écrit-elle. Des gens qu'elle croise, que ce soit dans les loges, dans les salles ou sur scène. "Ils sont libres. Ils sont exempts de la justice", déplore-t-elle.

Si elle dénonce aujourd’hui les faits, c’est parce qu’avec sa notoriété, cela aura plus de poids que lorsqu’elle en a parlé il y a quelques années. C’est aussi “pour toutes les personnes qui n’ont pas encore trouvé cet espace dans lequel se construire”. Elle espère qu’elles se sentiront moins seules, qu’elles pourront demander de l’aide et que les autres réaliseront l’ampleur des violences quotidiennes perpétrées dans le métier. Qu'ils agiront, également.

La chanteuse est déterminée à ne plus se laisser manipuler et à dénoncer les faits. “Je n’ai pas l’intention de me faire plus petite. Je n’ai pas l’intention de la fermer”, insiste-t-elle.