C'était dans le cadre de l'exposition qui lui avait été consacrée à Bruxelles en 2012. Il avait 90 ans.

Nous avons visité avec lui l’exposition que Bruxelles lui consacre dès ce vendredi

Ce vendredi, une grande exposition Toots Thielemans sera ouverte au public au n° 50 de la rue de l’Écuyer, à deux pas du Théâtre de la Monnaie et pratiquement en face de la Mort Subite que connaissent tous les Bruxellois. C’est le lieu même où, en 2003 et 2004, une autre exposition de prestige, Le droit de rêver, avait rendu hommage à Jacques Brel.

Mardi, Toots était – c’est normal – le premier à découvrir son exposition. Où, sur deux étages, sa vie est rappelée en même temps que sa carrière. Et tout le rez-de-chaussée est une espèce d’immense club cosy où, d’un côté, deux diaporamas et un film permettent de le voir en action sur des écrans géants. Un peu plus loin, 38 téléviseurs occupent tout un mur et aucun ne montre la même image.

Un bar-salon est surmonté de panneaux colorés et transparents sur lesquels sont inscrits tous les noms des artistes avec qui Toots a travaillé : Paul Simon, Billy Joel, Tony Bennett, Quincy Jones, Stevie Wonder, Sarah Vaughan, Chico Buarque, Castellucci, Grappelli, Trenet…

Dans un autre salon, cinq fauteuils ont chacun la forme d’une lettre du mot Toots. Lui, il s’est assis sur un O.

À 90 ans passés, Toots Thielemans garde l’esprit clair. Avec ses interlocuteurs, il passe du français au néerlandais sans la moindre hésitation. “Je parle aussi couramment l’anglais, le suédois et l’allemand. Et un peu d’espagnol et d’italien. Disons que, si je me produis un soir en Suède et le lendemain en Allemagne, il peut m’arriver de confondre et de patauger.”

Esprit vif mais jambes fragiles. De sa voix calme et lente, il a toujours une manière bien à lui d’expliquer les choses : “J’ai eu, pendant quelque temps, une jambe dans le plâtre. Depuis, quand je me déplace, j’ai besoin d’un avant-bras gauche. Que voulez-vous, avec l’âge, c’est ainsi. Avant, je jouais bien de la guitare. Maintenant, j’ai les mains qui tremblent…”

L’exposition ? “Je vois ça. Je ne sais pas quoi dire ! C’est merveilleux.”

Il ne lui manque plus, maintenant, qu’une statue : “Tout ça, c’est trop !”

Cette exposition égrène tous les artistes, stars ou non, avec lesquels il a travaillé. Sauf Frank Sinatra : “Je ne l’ai pas vraiment connu. Grâce à Quincy Jones, j’ai joué sur un de ses disques. Mais j’ai appris par la suite que Sinatra n’avait pas aimé ce que j’avais fait. Ça arrive ! Et je peux comprendre. Dans ce monde des musiciens hôtes, il y avait de meilleurs techniciens que moi. J’ai compris ce que j’avais de plus, par rapport à eux, le jour où, à Liège, on m’a demandé de jouer du Brel pour un anniversaire de sa mort. J’ai choisi Ne me quitte pas. Et ce jour-là, je me suis rendu compte que je pouvais faire pleurer les gens avec mon harmonica.”

Saviez-vous que Toots a raté une carrière au cinéma ? “La Suède est le pays où j’ai été le plus populaire parce que j’y jouais dans des revues. Et le grand réalisateur suédois Ingmar Bergman trouvait que j’avais une bonne tête pour le cinéma. Mais j’ai pensé que, pour moi, l’important, c’était quand même ma musique. C’était l’époque de gens comme Coltrane ou Miles Davis. Je ne pouvais pas me permettre de rester longtemps trop loin de ce qui se faisait.”

Dans sa maison, à La Hulpe, Toots a toujours eu des harmonicas partout. “Comme ils vieillissent aussi, leur son change. Mais je les garde un peu comme des vieilles pantoufles auxquelles on reste attaché. Aujourd’hui, ma musique, je me la fais surtout dans ma tête. Comme un acteur de théâtre qui réciterait son texte mentalement.”