Musique

Il y a, sans doute, peu de groupes capables de fédérer les générations comme Metallica. Même si le portrait-type du spectateur du stade Roi Baudouin, dimanche soir, est (selon un sondage non-scientifique) un homme, néerlandophone, d'environ 35-40 ans, la diversité aux abords du stade fait plaisir à voir. Des jeunes (et moins jeunes) couples, des parents avec leurs ados, des copines quinqua, des groupes de jeunes adultes arborant une casquette de Slipknot, des tee-shirts de Motörhead ou du Graspop.

On se remémore, rapidement, devant la première partie (Ghost), les artistes capables d'une telle performance : Bob Dylan, les Stones, Paul McCartney, David Bowie... Que des légendes.

© Didier Bauweraerts

Une entrée majestueuse

A 20h13, soit deux minutes avant l'heure prévue du show, le public bruxellois, ragaillardi par les caresses d'un soleil tiède après une grosse averse, attend de pied ferme The Four Horsemen avec une ola des familles. Vingt minutes plus tard, les princes du thrash metal font leur entrée sur scène comme des kings sans changer leurs (bonnes) vieilles habitudes: entamer leur show sur The Ecstasy of Gold d'Ennio Morricone et des images du western-spaghetti Le Bon, la Brute et le Truand. Franchement, pas évident de se rappeler une entrée sur scène réalisée avec autant de style.


Comme souvent depuis le début du "WorldWired Tour" initié en août 2016 et qui se poursuit en Europe pour 25 dates dans 20 pays différents, les Californiens débutent leur show par Hardwired, le premier titre de leur dernier album "Hardwired... to Self-Destruct". Cela permet à Lars Ulrich d'envoyer du bois d'entrée de jeu. Le batteur danois a tiré un trait sur les excès ("Nous sommes une bande de vieux gars qui se fait masser et boit des jus protéinés. Quand on ne mange pas des carottes ou d’autres trucs bizarres, dans ce goût-là", avait-il déclaré l'an passé) et de faire honneur à la longévité de Torben. Son père, ancien professionnel de tennis, est le plus vieux joueur à avoir disputé un match dans l'histoire Coupe Davis à 48 ans. "Are you ready Brussels ?", lance, ensuite, James Hetfield. Il y a, certes, quelques index levés, mais le "Roi Baudouin" a un peu de mal à bouger.


Les classiques chauffent le public

Il faut quelques vieux titres pour chauffer le stade. La foule entonne en chœur les paroles de The Memory Remains, tape un clapping sur Disposable Heroes quand notre voisin de devant est déchaîné sur Harvester of Sorrow (et sans doute trop imbibé). Ce dernier n'arrête pas de se lever pour faire le signe des cornes au quatuor californien et finit par être fortement prié de s'asseoir.

Les premières notes de l'intro militaire et mélodique du classique The Unforgiven (The Black Album) et les solos jouissifs du guitariste aux bouclettes grises, Kirk Hammett, calmeront les esprits.

© Didier Bauweraerts


Un show visuel

Avec la lumière déclinante, il est temps pour le public bruxellois d'en prendre plein les mirettes. Les deux "M" ornant les deux côtés de l'énorme scène prennent, d'abord, des couleurs, des images à la Blacksad sont projetées sur Here Comes Revenge, puis la scène crache des flammes monumentales tellement hautes que le souffle chaud des chalumeaux arrive jusqu'en tribunes où tout le monde se trémousse au rythme de Moth Into Flame.

Ce sera, aussi, le cas plus tard sur le titre One durant lequel des bombes explosent, des détonations de mitraillettes retentissent, des semelles de soldats virtuels (vivants puis décédés) claquent dans la nuit.


Les Américains ne sont pas des bleus et ils sont franchement doués pour se mettre le public dans la poche. Après avoir "observé la famille Metallica", où "tout le monde est le bienvenue" (après quand même avoir payé entre 77 et 138€ pour assister au concert) et affirmé que les Californiens étaient présents à Bruxelles pour "célébrer la vie", le quatuor réalise ce qu'ils font dans chaque ville où ils débarquent : reprendre un titre local. Les Parisiens avaient eu le droit à une reprise de Ma Gueule de Johnny Hallyday au Stade de France, Metallica, et notamment son bassiste Robert Trujillo, ont choisi Ça plane pour moi de Plastic Bertrand... Un moment plus sympa que réellement dingue sur le plan musical.



Une énergie de "jeunots"

James et ses ouailles, ont, ensuite, décidé de passer un peu plus "en mode heavy" avec Sad But True et de changer leur playlist par rapport aux concerts précédents à Paris, Amsterdam ou Cologne en jouant le magnifique Fade to Black. Ils ont bien fait, tant cette chanson, également tirée du Black Album a été l'une des claques du concert.

Que dire, alors, de l'énergie qui s'empare du stade lorsque les papys metalleux jouent l'un des classiques de leur discographie (Master of Puppets) ? Du headbanging à gogo, des pogos dans la fosse, des "Obey your Master" scandés en chœur et notre voisin de devant qui peut, enfin, se mettre debout impunément en tapant sur son palpitant. "C'est votre chanson préférée ? C'est l'une de mes favorites aussi", ponctue, ravi, le leader du groupe avec un petit sourire. Dans la foulée, Lars Ulrich s'avance avec sa batterie pour rejoindre ses copains près d'une foule conquise pour un dernier triptyque avant le rappel : Bellz, Creeping Death et Seek And Destroy.

Comme d'habitude, certains partent avant la fin pour être plus rapidement sous la couette. Mauvaise idée puisqu'après 38 ans de carrière, James, Lars, Kirk et Robert n'ont pas envie d'aller se coucher d'emblée. Ils concluent ce concert marathon avec le même cardio qu'un coureur de fond et sur deux tubes du groupe. D'abord, le légendaire Nothing Else Matters. Un moment d'anthologie que le nouveau fléau des smartphones brandis en l'air ne parviendra pas à gâcher. James Hetfield terminant la chanson, majestueusement, de dos au milieu des lasers verts, en gros plan sur les écrans géants.

Pour souhaiter une bonne nuit à tous les Belges, les Californiens refermeront le rideau sur l'électrique Enter Sandman avant le bouquet final du concert ponctué par un feu d'artifice magique. Rien à redire.