Shadi Torbey (3e) et Lionel Lhote (6e): deux Belges ovationnés!

BRUXELLES Il était près d'une heure du matin quand le verdict est tombé, dans un palais des Beaux-Arts survolté. Comme lors du premier Concours Reine Elisabeth de chant en 1988, c'est une Polonaise qui remporte l'épreuve: Iwona Sobotka, soprano de 23 ans, s'inscrit ainsi dans la filière d'Aga Winska, du Français Thierry Félix (1992), de l'Américain Stephen Salters (1996) et de la Canadienne Marie-Nicole Lemieux (2000). Et c'est justement une autre Canadienne, Hélène Guilmette - celle qui réussit tout, vocalement, sans avoir l'air d'y toucher - qui obtient le second prix, très près de la lauréate, croyons- nous. Car c'est presque un sort aux Concours Reine Elisabeth: ceux qui se produisent le dernier soir sont souvent les premiers classés!

Mais c'est depuis le début des épreuves qu'Iwona Sobotka s'est fait remarquer par son aigu aisé et par la finesse de ses interprétations: Manon coquine, Marguerite au Rouet dramatique, elle est de celles qui ont présenté le répertoire le plus varié, et ce, en six langues différentes. Souvenons-nous, par exemple de son Oh! quand je dors de Liszt, sur le poème de Victor Hugo. Cela nous donne envie de dire que c'est à la demi-finale que la cadette Sobotka a gagné son grand prix...

Elle a fait ses études de chant dans sa ville natale, Mlava, puis à Varsovie et, enfin, à Madrid où elle est l'élève de Tom Krause, l'un des seize membres du jury - qui a dû, évidemment, s'abstenir de voter, en ce qui la concerne. Mais, depuis quatre ans, l'artiste a remporté des prix dans quatre concours internationaux et elle y participe en toute simplicité, ayant sa sincérité comme message envers le public.

A ce propos, il semble bien que le jury de cette année ait privilégié les artistes sobres et non ceux que l'on nomme des bêtes de scène. Le fait d'avoir déjà des planches n'a-t-il pas joué en défaveur de l'étonnante Américaine Williams - optique qui a failli se produire aussi pour le Belge Lhote puisque, avec sa (belle) sixième place, il est à la limite des prix attribués? Voilà bien deux bêtes de scène pas nécessairement récompensées comme il le faudrait, car elles ont vraiment fait vibrer la salle. Il suffit de repenser à l'ovation scandée dont fut l'objet le phénomène américain, qui remerciait le public... théâtralement.

A la 3e place, nous trouvons notre autre Belge, d'origine libanaise, Shadi Torbey, dont le sérieux et la sûreté ont été impressionnants: il est suivi de l'étonnante Roumaine Teodora Gheorghiu et de la mezzo moldave Diana Axentii, moins dramatique en finale.

Il a bien fallu accepter, dans l'ordre alphabétique, le classement des finalistes qui ne porteront pas le titre de lauréats: outre Mary Elizabeth Williams, déjà citée, il reste l'Estonienne Aile Asszonyi, le Russe Baykhov, la Syrienne Talar Dekrmanjian, l'Allemand Schendel et le Coréen Hye-Soo Sonn. Ils ne pourront évidemment pas rentrer chez eux en chantant, comme la lauréate: « Depuis le jour où je me suis donnée »... au Concours Reine Elisabeth; mais qu'ils sachent que, dans la carrière qu'ils méritent, c'est le plaisir d'aller les écouter en concert ou en spectacle qui comptera.

© La Dernière Heure 2004