Spotify se porte donc bien et continue de déployer ses playlists et ses algorithmes en faveur de ses utilisateurs et des artistes. Pour autant, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le leader mondial du streaming reste pointé du doigt, en particulier pour la rémunération attribuée aux créateurs de contenu. Elle est toujours jugée insuffisante.

Inlassablement, des pétitions circulent pour demander au géant suédois de l’écoute en ligne une redistribution plus équitable des revenus générés par ses activités, surtout par les temps qui courent. L’une des dernières en date vient des États-Unis. Initiée par le syndicat américain des musiciens, elle rassemble plus de 10 000 signatures d’artistes réclamant un taux de redevance par stream d’au moins un centime de dollar contre trois fois moins aujourd’hui.

65 à 70 pour cent des revenus reversés

À ces détracteurs, Bruno Crolot répond que Spotify reverse aux ayants droit la plus grosse partie de l’intégralité de ses revenus publicitaires et des abonnements. "Entre 65 à 70 pour cent, dit-il. Je ne connais pas beaucoup de business où cela arrive. Je rappelle que Spotify n’est pas à ce jour une entreprise qui fait du profit. On est donc sur un modèle économique assez tendu si on veut développer une activité saine et pérenne."

Les ayants droit en question, ce sont d’une part les labels qui cèdent des droits sur la musique, d’autre part les éditeurs des auteurs et des compositeurs, explique-t-il. "Ce sont ces entités qui négocient des contrats avec les artistes. Nous n’avons pas de relation contractuelle avec ces derniers mais uniquement avec les labels et les éditeurs. La rémunération finale de l’artiste ne dépend pas de nous et nous ne pouvons pas l’orienter. Nous faire ce procès, c’est méconnaître la chaîne de valeur ou oublier quelques contraintes."

De l'huile sur le feu?

Les artistes ne se contenteront assurément pas de cette réponse. D’autant que Spotify annonce une nouveauté qui pourrait accroître leur mécontentement. La plateforme met en place un système qui doit leur permettre, ainsi qu’aux labels, de pouvoir bénéficier d’une meilleure visibilité de leurs titres à travers l’algorithme de recommandation de la plateforme. Il s’agit d’un test effectué aux États-Unis. Cela ne concerne pas les playlists mais la fonction Autoplay, celle qui suggère une nouvelle musique une fois l’écoute d’une chanson ou d’un album terminée. Sur le papier, c’est une aubaine pour les artistes et les labels susceptibles de toucher par là un nouveau public. Mais il y a une contrepartie et celle-ci est financière. Ceux qui souhaitent profiter de cette nouveauté devront accepter de revoir à la baisse le revenu généré par la musique ainsi mise en avant lorsqu’elle est écoutée...

Sollicité, Spotify n’a pas souhaité apporter de commentaire.

Un coup de pouce suite au coronavirus, mais pas en Belgique

Dès le printemps et le début de la pandémie, plusieurs acteurs de l’écoute en ligne ont décidé d’apporter leur aide au secteur musical, privé de concerts du jour au lendemain, avec les conséquences financières que l’on sait. La plateforme Bandcamp, par exemple, propose à intervalle régulier de reverser aux artistes l’intégralité du produit des ventes réalisées sur une journée par le biais de ses services.

Dans ce contexte, Spotify ne s’est pas défaussé. “En France comme dans pas mal de pays, nous avons compensé la baisse des ventes du physique pendant le premier semestre”, indique Bruno Crolot. Le géant suédois a aussi constitué un fonds de 10 millions de dollars (Spotify Covid-19 Relief) afin de soutenir les acteurs locaux dans autant de pays que possible. La France et les Pays-Bas en bénéficient, malheureusement pas la Belgique. Par manque d’équipes disponibles et parce que des choix ont dû être faits entre les 92 marchés où opère le service, explique-t-il. Concrètement, Spotify s’est associé avec des acteurs locaux ayant pignon sur rue désireux de collecter des fonds pour aider les artistes privés de concerts. “Nous avons doublé les dons récoltés par le biais de nos liens promouvant l’opération. Pour chaque euro donné, nous en donnons un.”