La société de gestion des droits d’auteur débloque 18 millions d’euros pour les aider à traverser la crise qui les frappe de plein fouet.

Bien qu’ils soient omniprésents sur les réseaux sociaux avec leurs concerts et autres cours de guitare, les chanteurs font face à une situation inédite et catastrophique puisqu’ils ne gagnent plus un sou, excepté quelques “maigres” ressources qui leur viennent de l’écoute en streaming. Privés dès avant le confinement des concerts qui sont désormais leur gagne-pain principal, ils figurent en première ligne dans le désastre économique qu’entraîne le covid-19.

Rien qu’en mars, la Sabam, société de gestion des droits d’auteur, a dénombré 8935 concerts, soirées et représentations théâtrales annulés dans le pays ! Soit plus de 3,5 millions d’euros de droits d’auteur qui se sont envolés. À ce stade de la crise, le secteur culturel, récréatif et de loisir est avec celui de l’horeca, le plus touché. Ses revenus se sont effondrés de 74 %.

6 millions d'euros qui s'envolent chaque mois

Et si les mesures de confinements sont appelées à se prolonger, en particulier pour le monde du divertissement et de la culture, ce sont chaque mois 2000 à 3500 événements qui ne se dérouleront pas, avec à la clé au moins 6 millions de droits d’auteur évaporés mensuellement.

Face à cette situation, la Sabam a décidé de libérer 18 millions d’euros pour ses quelque 9000 membres. Cette enveloppe est puisée dans la réserve qu’auteurs et compositeurs se constituent au cours de leur carrière et qui en temps normal n’est pas accessible avant l’âge de 60 ans. Étant donné l’ampleur de la crise, la Sabam a fait sauter cette condition pour permettre à ses membres de profiter de tout ou partie de cette réserve.

Les grands oubliés de la catastrophe

Une décision dont se félicite Charles Gardier, député wallon MR et patron des Francofolies de Spa. Victime lui-même du covid-19, il a traversé des moments difficiles et est encore affaibli par le coronavirus. Il ne cache pas son inquiétude au regard de la situation dans laquelle se trouvent les artistes. “On parle des artistes et du milieu de l’événementiel, dit-il, mais il ne faut pas oublier tous ceux et celles qui travaillent avec eux : musiciens, techniciens, transport, catering, les gestionnaires de salles, de théâtre, de musées, etc. Sans oublier les établissements horeca à proximité des lieux de culture.” Tous sont durement impactés et ils ont été les premiers à l’être, rappelle-t-il. “Et on le sent bien, ils seront parmi les derniers à pouvoir reprendre leurs activités”, ajoute-t-il.

“Il faut être à leur côté, ils ne doivent pas être les grands oubliés de cette catastrophe, poursuit-il. Pendant la Second Guerre mondiale, Chruchill a été interpellé par un député demandant que dans le cadre de l’effort de guerre, l’on fasse moins d’investissement dans la culture. Il avait répondu : alors, pourquoi nous battons-nous ? Il jugeait que la culture est importante alors que l’on a trop souvent tendance à juger que cela vient après d’autres priorités. On a vraiment besoin de culture, en particulier dans des moments comme ceux-ci. Parce qu’elle apporte du lien, du partage à la communauté en plus d’être une activité économique.”

Changer les habitudes

Charles Gardier plaide pour un vaste élan de solidarité envers les artistes et tous ceux qui gravitent autour. Il appelle les médias à donner plus de place à la culture. “Les diffuser, c’est générer des droits d’auteur qui, s’ils sont suffisamment importants, vont compenser en partie le manque à gagner. C’est vital. Je pense aux artistes belges et de la Fédération Wallonie-Bruxelles en particulier Et il faut diffuser des artistes vivants, émergents, pas du back catalogue. Je note que les choses sont déjà en train de bouger dans plein de médias mais cela doit s’amplifier.” Le patron des Francofolies précise aussi que les gains espérés par une diffusion plus large ne doivent pas avoir des répercussions sur les conditions d’accès au chômage. “Il ne faut pas que ce qui est obtenu d’un côté leur soit retiré de l’autre.”

Avec optimisme, il se dit aussi que les médias, en diffusant plus massivement nos artistes, peuvent faire changer les habitudes des gens. 

À ses yeux, ce que l’on vit aujourd’hui soulève aussi, et une fois de plus, la question du statut des artistes et de tout le milieu. Beaucoup de ces personnes ne se retrouvent pas en position de bénéficier d’une quelconque aide épingle-t-il. Il pense enfin que la mise en place, comme en France, d’un comité d’accompagnement des grands événements aurait du sens.