Le président d'Ukraine a été le premierà téléphoner pour féliciter Ruslana, la gagnante de l'Eurovision

ISTANBUL Comme l'an dernier et comme il y a deux ans, ce n'est pas une chanson que l'Eurovision a couronnée, mais un numéro visuel. Ruslana et sa chanson Wild dances (Les danses sauvages) offrent un premier succès à la lointaine Ukraine à la faveur d'une chorégraphie extraordinaire, avec longues trompettes primitives, effets de pyrotechnie et, surtout, des tenues préhistoriques inspirées par l'atmosphère du Seigneur des Anneaux mais qui donne à la belle Ruslana un look Raquel Welch dans Un million d'années avant Jésus-Christ. Sans ses jambes absolument parfaites, aurait-elle gagné l'Eurovision?

Inutile de fantasmer pour la cause. La belle est mariée. Et, à Istanbul, elle ne se déplaçait jamais sans son époux ni sans son papa. Sauf après sa victoire. Car là, elle fut littéralement encadrée par une armée de bodyguards qui avaient tous deux têtes de plus qu'elle. Dans l'agitation frénétique qui l'entourait, Ruslana, toujours en tenue de scène malgré la fraîcheur de la nuit, ne songeait qu'à une chose: essayer, dans tout ce brouhaha, de comprendre les messages qui lui parvenaient par GSM. Un des premiers appels reçus provenait... du président ukrainien qui lui a promis une fête superbe l'an prochain puisque, effectivement, l'Eurovision ukrainienne vivra sa 50e édition.

En fait, Ruslana est arrivée à l'Eurovision avec un statut de star nationale: elle est la première à avoir reçu un disque de platine dans son pays avec 170.000 copies vendues. Son album, qui porte le même titre que sa chanson gagnante, a été enregistré à Londres, dans les studios de Peter Gabriel. La chanson, elle, est, dit la gagnante, inspirée par les rythmes ethniques des montagnards des Carpates. Son secret tient, selon elle, dans son énergie.

Et elle n'a peur de rien: «Quand je suis montée sur scène, je me suis dit qu'il fallait juste que je sois heureuse.» Elle a expliqué aussi que la première chose qu'elle ferait, à son retour en Ukraine, serait de s'agenouiller et d'embrasser sa terre natale: «J'adore mon pays. Nous avons travaillé dur pour donner de l'Ukraine une image positive.»

Ruslana est surtout une professionnelle jusqu'au bout des ongles. Mercredi, après la demi-finale qui qualifiait dix candidats pour la soirée de samedi, une conférence de presse fut organisée à côté de la salle de l'Eurovision. En fait, il s'agissait surtout de réunir les dix élus, les dix heureux, autour de leurs fans, histoire de permettre aux photographes et aux cameramen de prendre des images de fête. A cette conférence de presse, Ruslana arriva la dernière. Sans doute exprès, histoire de montrer qu'elle n'est pas la première venue. Et comme elle est toute petite et que les autres sont grands, elle ne fit ni une ni deux: elle monta sur une chaise, avec ses jambes - décidément ses jambes! - encore mieux mises en valeur. Du coup, on ne voyait plus qu'elle.

Avez-vous remarqué, pendant son numéro de samedi soir, qu'en plein milieu d'une danse énergique, elle met la main à la ceinture. Comme si elle voulait dire: «Voyez comme c'est simple! Je suis à l'Eurovision et je danse comme si je me trouvais chez vous, dans votre salon.» C'est ça le professionnalisme, celui qui mène à la victoire. Une victoire qui ne fut pourtant pas si évidente. A la moitié des jurys, la Serbie- et-Monténégro menait allègrement. L'Ukraine, la Grèce et la Turquie se tenaient dans un mouchoir de poche et semblaient ne plus viser qu'une deuxième place. Il y eut alors quatre 12 successifs pour l'Ukraine et la situation était retournée. Définitivement. A un vote de la fin, lorsque la Turquie lui accordait la cote maximale, Ruslana ne pouvait plus être rejointe.

© La Dernière Heure 2004