Sur Medina, il remonte aux sources de la musique trance

BRUXELLES Medina est un terme arabe qui signifie ville. La medina de Rachid Taha est grande comme la terre entière. Elle est accessible à tout le monde. Surtout par les ponts qui lui permettent de passer d’un rythme oriental à un riff de guitare rock, d’un chœur féminin de Marrakech à une boucle techno, d’un chant en arabe à un "Je t’aime, tu es ma vie" susurré dans la langue de Molière.
Successeur de Diwân, sur lequel Taha puisait aux sources de la musique traditionnelle arabe en revisitant à sa manière les standards du Maghreb, Made in medina invite à nouveau au voyage. Ou plutôt à un trip multiculturel cher à l’artiste qui flirte toujours avec subtilité sur les frontières séparant tradition et modernité.
"Ce disque, je l’ai préparé comme un historien. Si je n’avais pas été musicien, je crois que je travaillerais aujourd’hui comme ethnologue. Ces gens-là connaissent mieux les origines des rythmes et des chants que les musiciens eux-mêmes. J’ai notamment lu un bouquin de Gilles Rougé sur la trance . Il a trouvé les origines de la trance en Afrique, au Bénin, pour en dénicher ensuite des traces à Haïti et à La Nouvelle-Orléans avec souvent des points communs. Sans le savoir, les gens qui pratiquent des cultes vaudous là-bas ont été influencés par les Africains. D’ailleurs, quand tu regardes la carte des alentours de La Nouvelle-Orléans, tu découvres des villes ou des villages qui s’appellent Alger ou Abdelkader."


Medina joue à la fois sur le côté sombre et festif de la musique trance. Enregistré à Paris, Marrakech, Londres et La Nouvelle-Orléans, cet album bénéficie de la collaboration de Steve Hillage, ancien guitar hero qui officiait dans le groupe de rock progressif et fidèle complice de Rachid Taha, depuis plus de quinze ans. C’est d’ailleurs lui qui avait produit le premier album de Carte de Séjour, le premier groupe de Rachid.

"Déjà à cette époque, j’étais surpris par sa curiosité musicale. Il écoutait toutes sortes de musiques et lisait des tas de bouquins. En France, je me posais souvent la question. Quand je discutais avec des musiciens ou des producteurs, ils ne connaissaient qu’un style : le leur… Moi je leur disais de prêter attention à ce qu’écoutait leur épicier arabe ou leur voisin sénégalais. Ils n’étaient pas intéressés."

"Les Anglais entament plus facilement cette démarche. Quand tu écoutes l’album Sandinista de Clash ou le White album des Beatles, tu vois que ces mecs sont allés chercher des influences partout dans le monde. C’est ce qui m’intéresse dans la musique. Elle n’a pas de frontière. Tout est là. Il suffit d’être curieux. Humainement aussi, ce cheminement peut t’apporter beaucoup. Je dis toujours que, pour tolérer l’autre, il faut d’abord apprendre à le connaître. En musique, c’est la même chose."