Lambert Wilson revisite Montand. Avec grâce et distance

Il nous a fait promettre, jurer, de ne pas raconter la séance de maquillage à laquelle il se livre pendant l’interview, histoire de rattraper le temps perdu entre deux entretiens. Car il est bavard, Lambert Wilson, et sa passion pour Montand a débordé largement des créneaux prévus par ses attachés de presse.

"S’il avait fallu imiter, j’en aurai été franchement incapable", sourit-il, en évoquant son rapport au monstre sacré. "S’il fallait imiter quelqu’un pour sauver ma vie, je ne pourrais pas. Je n’ai pas été bercé, complètement par Montand; ce n’est pas quelqu’un que, chez moi, on écoutait du matin au soir… Plutôt que de prendre de la distance par rapport à lui, la chose la plus nécessaire a été la patience : il faut rééduquer un public, de moins de quarante ans. C’est un effort modéré parce que je sais que j’aurais du mal à convaincre quelques jeunes…"

D’autant que Wilson, le comédien, a toujours du mal à se trouver légitime en tant que chanteur. "On a toujours une méfiance par rapport aux acteurs qui chantent", dit-il, un pinceau sous le nez. "Quand on s’attaque à des personnages aussi mythiques, la mission, c’est d’apporter quelque chose de différent, sinon, pourquoi ne pas écouter l’original ?"

Pour cet album, la maison de disque voulait des tubes. Les feuilles mortes, Syracuse, Le temps des cerises. "Mais ça ne m’intéressait pas, sourit-il. Parce qu’il y a des thèmes qui se répètent, comme Paris…"

En revanche, les chansons plus engagées de Montand sont moins présentes sur l’album. "Ce sont des choix musicaux et poétiques, dit-il. C’est curieux, parce qu’on m’a parlé il n’y a pas longtemps dans une émission de radio, sur le fait que Montand était engagé et moi pas. Mais il s’est planté, à un certain moment…"

Fils de Georges, contemporain de Montand, Lambert Wilson n’a jamais rencontré son "modèle". "Ces types-là, qui ont traversé la guerre, c’étaient des mecs un peu durs… Mais le chanteur Montand m’émerveille. Mélangé à sa silhouette dans les années 60, on atteint le chic ultime. Celui des Aston Martin, des James Bond" , sourit- il.

"Mais pour répondre à votre question, je pense que le moteur des acteurs, c’est une détestation de soi-même. On veut pouvoir vivre plusieurs vies. On veut recevoir un autre reflet du miroir. C’est un jeu de dupes mais c’est un bon moteur."

Grâce, élégance, légèreté: Lambert Wilson est en phase avec son modèle. Mais il garde pourtant une distance amusée. "Être pris pour un beau gars, c’était un accomplissement pour moi. Je venais de tellement loin."

Entre Des hommes et Des Dieux, Le Marsupilami ou Barbecue, le comédien fonctionne-t-il uniquement au plaisir ? "Oui ! Mais c’est surtout pour éviter de tomber dans des ornières. Je m’ennuie moi-même très vite. Donc, il faut que je renouvelle mon intérêt dans le style. Et aussi les décideurs, dans mon métier."


Il en faut peu pour être heureux…

Pour coller le mieux possible au personnage de Balooh, qu’il incarne dans Le livre de la jungle, Lambert Wilson a beaucoup observé… Bill Murray. "Il y a une distance humoristique, chez lui, qui en fait un personnage qui pourrait être issu d’un film de Woody Alllen. Balloh parle avec l’accent new-yorkais et j’ai essayé de coller au plus près de ça."

Pourtant, cette autre autre langue, naturellement, nous éloigne. "Mais chanter. Il en faut peu pour être heureux, dans des versions rock ou country, c’est génial…"

D’autant qu’à côté, il y a un roi des singes qui surveille : Eddy Mitchell. "Ce n’est pas un complexe de chanteur. C’est juste qu’Eddy Mitchell, il a du coffre, un métier dingue. Et puis, la chanson de Baloo, tout le monde la connaît. C’est intergénérationnel. Il suffit de chanter" Il en faut peu pour être heureux… De sa superbe voix, il vous embobine. Jusqu’à tard, très très tard.


Lambert Wilson chante Montand, Sony