Deux jours avant sa sortie, découverte de Nue, où Lara Fabian dirige sa voix vers la sérénité et duotte avec Maurane

BRUXELLES Sur les photos de son nouvel album francophone (qui sort officiellement mardi), Lara Fabian semble émerger d'un bain de lait. Exactement comme les 14 mélodies de Nue, versant quasi inédit d'une artiste abusivement taxée de bulldozer chantant. Car même si le dénouement de plusieurs de ces titres s'accompagne d'une voix qui s'emporte un rien et force encore un brin sur le champignon, on peut dire que le ton Fabian a changé. Au point qu'ici on la confond de temps en temps avec Céline Dion, qui elle non plus ne manque pas de coffre mais l'ouvre avec parcimonie.
A quoi doit-on ce revirement soudain? Eh bien d'abord, et comme Lara l'exprime au début de l'album, à un besoin de calme et de retrouvailles avec elle-même. Après l'affaire Fiori, bien sûr, et les tourbillons qu'elle a depuis toujours déclenchés. Pour vendre 8 millions de disques à travers le monde, la petite Belge s'est démenée telle une armée mais c'est comme si, ici, elle déposait les armes. Et imposait les larmes sans devoir se forcer.
A la suite du single J'y crois encore (le morceau le plus pathos de l'album), Aimer déjà est une première bonne surprise. Justification de ce que nous écrivions en introduction, Lara y évoque son envie de retraite après l'échec d'un amour construit sur le mensonge. `C'était pas toi, je ne savais pas. Je ne t'en veux pas, pas plus qu'à moi.´ Aveu? Pardon? L'hystérie est en tout cas au point mort et Lara dit j'irai toujours où c'est calme.
Si, musicalement, S'en aller et Silence ne brillent pas par leur modernité, ils permettent à Lara de s'exprimer encore sur la rupture et le nouveau départ qui va avec. `S'en aller comme on revient vers soi ´, dit-elle. Et dans Silence, `j'ai compris qu'il est parti en me laissant ce cri ´. Patrick l'a-t-il entendue? Spécialiste de la détresse, ses fans en seront ravis, Lara l'est toujours...
Avec Parce que tu pars (Goldman est au courant?), c'est le retour de la patte Fabian telle qu'on l'a toujours connue. Elle s'en redonne à coeur joie, avec d'amples envolées sur le refrain. Ce titre n'en est pourtant pas moins un autre succès potentiel, de la même force qu' Aimer déjà. Et Tout ne rime à rien quand on n'a même plus peur, c'est le message!
Plus intéressant, Je suis mon coeur a la forme d'une mélancomédie musicale, soutenu par quelques instruments seulement et une voix à marée basse. Attention, intimité! En ce qui concerne Tango, là aussi c'est du neuf, un rythme sensuellement latino qui enveloppe et décrit forcément le plus torride des corps-à- corps. Huitième plage de l'opus, Imagine s'avère d'une utopie originale. Lara y rêve en douceur (mais oui!) d'un univers uni (Jonasz est-il au courant?), d'un jardin pour demain et de l'amour toujours. Le tout dans un décor plutôt world et quasi africain. Comme quoi il n'y a pas que dans son existence que l'ambitieuse a remis les compteurs à zéro.
Tu es mon autre, c'est le duo tant annoncé avec Maurane. Les voix des deux femmes se veulent jumelles et s'y superposent assez magiquement (dans le silence initialement) mais celle de Lara est tout de même plus reconnaissable. Le résultat est fin et émouvant mais peut-être pas tubesque pour autant. Avec Rio, Lara fait penser à Céline et montre à nouveau qu'elle renaît à autre chose. A la légèreté...
Au risque de surprendre tout le monde (eh oui! on le répète!), Nue se termine encore plus délicatement, avec une tendre berceuse pour une petite fille ( Bambina, autre pan de mélancomédie musicale où la voix de Lara est quasiment métamorphosée), Immortelle, qui ne risque pas l'éternité, et Le roi est une femme, prière sur un nuage où l'on croit croiser le Memory de Streisand.

Lara Fabian, Nue (Universal).