Musique

La chanteuse sort un best of. La petite Etterbeekoise, qui reçut un piano pour sa St-Nicolas 1976, ne l’aurait pas cru…

BRUXELLES On peut l’aimer. L’adorer, même. Ou s’en moquer. Comme quand Les Guignols de Canal font redescendre E.T. sur terre, moulinant sur son petit vélo, pour lui faire demander à la chanteuse à voix (saleté d’étiquette) de cesser de hurler. Ou quand Yann Barthès épingle son accent québécois forcé, ou sa dernière Vandammerie.

Mais peu importe, entre honneurs, moqueries, millions de disques vendus et soutien inconditionnel de ses “anges” , Lara Fabian est toujours debout. Vaillante. Sincère. Sa voix, quoi qu’on en dise, n’a rien perdu de son côté aérien. Et lorsque la dame pénètre dans le hall d’un grand hôtel bruxellois, c’est incontestable : elle embellit les lieux. Autour de la sortie d’un premier best of qui va cartonner sous le sapin, rencontre avec une quadra que le temps sublime . Parole de non-fan.

Pourquoi un best of maintenant ? Vous êtes-vous prêtée facilement à l’exercice cruel de la sélection de vos chansons ?

“20 ans de carrière, c’est le bon moment, non ? Ce n’était pas cruel, puisque j’ai fait un double best of. J’ai simplement suivi la trajectoire des gens, des chansons qu’ils ont aimées et qui m’ont faite. Au final, ces chansons, ce n’est pas moi qui les ai choisies. C’est l’oreille des gens. Je n’ai fait que les aligner, discographiquement. Avec un cadeau : le live de TLF.”

Autres cadeaux : deux inédits. Dont On s’aimerait tout bas, composé par Stanislas et écrit par Maxime Le Forestier.

“Il m’a envoyé une chanson qui me paraissait juste et tendre à la fois, toute en nuances. Elle parlait aussi de mes anges, ma manière à moi d’appeler mes fans. C’est une histoire d’amour et d’amitié à la fois…”

L’autre inédit, c’est un duo avec… Ray Charles. Waouw ?

“Waouw. C’est le maître incontesté de la soul. Il a tout inventé, en n’ayant que faire du qu’en-dira-t-on. Vous imaginez ma tête lorsqu’on m’a proposé ce duo… De mémoire, je n’ai ressenti, en tant qu’artiste, une émotion similaire que quand Johnny m’a appelée pour faire le stade… Chanter avec Ray Charles, c’est toucher son rêve du doigt. Je suis très chanceuse.”

Votre dernier album était une sorte d’ode aux femmes de votre vie. Ray était incontestablement un des hommes de votre vie. Il y en a d’autres ?

“Plein. Charles Aznavour, Lama, Hallyday, Bécaud, Seal, Brel, Bolton, Michael Bublé,…”

Si on avait dit, à la petite Lara qui recevait un piano pour sa Saint-Nicolas 1976, qu’elle sortirait un best of après avoir vendu 12 millions d’albums, qu’est-ce qu’elle se serait dit ?

“Elle y croirait sans y croire. Même si elle en rêvait très fort, et qu’elle aurait donné énormément pour que ça se réalise, elle a longtemps trimbalé un gros baluchon plein de doutes… Parfois, je le sens toujours sur mon épaule, d’ailleurs. J’ai toujours gardé ce sens de la relativité qui ne me fait rien prendre pour acquis. Je sais que tout peut se finir demain. La musique est une expression divine à laquelle nous, chanteurs, avons la chance d’être connectés, avec sincérité et, parfois talent, parfois maladresse. C’est un cheminement spirituel que j’ai fait en vieillissant. Pas sûr que la petite fille de 6 ans que j’étais l’aurait intégré…”

Votre démarche n’est manifestement pas comprise de tous. Entre les critiques et Le Petit Journal, vous êtes devenue une cible de moqueries. Comment est-ce qu’on reste sereine, face à cela ?

“J’ai l’habitude, vous savez, ça fait juste 10 ans qu’on me tape dessus. Ils ne m’aiment pas, et alors ? Je fais ce métier pour ceux qui m’aiment et ceux qui ont envie de me découvrir, pas pour ceux qui ne m’aiment pas. Si j’étais aussi inintéressante qu’ils le laissent entendre dans leur émission, Le Petit Journal ne me ferait pas tant d’honneurs, je pense…”

Vous ne vous êtes jamais dit que ça tournait à l’acharnement ?

“C’est leur métier… Ils sont déshumanisés, profondément cyniques. Ils s’attardent sur des choses qui, selon eux, font rire les gens, mais qui n’amusent qu’eux et leur bande, leur troupeau de cyniques. Vous voulez le fond de ma pensée : ce qu’ils font, je m’en fous. Profondément.”

C’est quoi le secret de votre longévité ? Cette capacité à douter de vous-même et à vous remettre en question ?

“Peut-être. Je pense à demain, à ce qui pourra me réinventer sans me trahir. Je ne sais pas si la longévité d’un artiste subsiste à l’intérieur de son doute, mais, en tout cas, il y a dans son doute une forme de relativité qui le fait avancer. Quant à moi, je n’ai pas envie de chiffrer ma pérennité. J’espère juste qu’elle durera le plus longtemps possible.”

2010 a symbolisé pour vous le passage à la quarantaine. Vous êtes tranquille avec ça ?

“Top. Le temps est mon allié. J’ai mieux vieilli que je n’ai grandi. En cela, je suis un bon vieux Capricorne !”

Best of , Lara Fabian, Universal



© La Dernière Heure 2010