Intéressant mais pas révolutionnaire

BRUXELLES Le premier chapitre de cette histoire nous fait remonter au mois de juin de l'an 2000. George Harrison, déjà malade, avait accepté une invitation à une party chez un Québécois, Guy Laliberté, fondateur du célèbre Cirque du Soleil et passionné, comme lui, de Formule 1. Ce soir-là, Harrison suggéra que Laliberté monte un spectacle où le Cirque du Soleil rendrait un hommage aux Beatles. Dans les semaines qui suivirent, Guy Laliberté était, à son tour, invité en Angleterre par l'ex-Beatles qui débordait d'enthousiasme en expliquant ce que ce spectacle pourrait être.

Deuxième chapitre. Ce show existe depuis le 30 juin, à Las Vegas, au MGM Mirage Hotel. Nonante minutes. Soixante artistes. Des numéros d'acrobatie aérienne, de la danse contemporaine, des démonstrations de sport extrême... Et, en bande-son, les chansons des Beatles. Mais pas n'importe comment !

Avec l'autorisation de Paul McCartney, de Ringo Starr, de Yoko Ono et d'Olivia Harrison, la veuve de George, un monsieur qui s'appelle George Martin et qui fut, à la grande époque, le directeur artistique exclusif du groupe a revisité l'oeuvre, avec la complicité de son fils Giles.

En clair, on a fait ce qu'on appelle un remastering. Qui fera l'objet, ce lundi, d'une sortie en CD : l'album Love (du titre du spectacle de Las Vegas).

Mais, ce mercredi soir, dans une boule de l'Atomium, une centaine de privilégiés ont eu droit à une première écoute pour la Belgique.

Autant dire qu'il n'y a pas, ici, de révolution musicale. On est loin du remix spectaculaire de la chanson d'Elvis Presley, A little less conversation, en 2002. Ici, les ingrédients de base ont été conservés. Les fans les plus intégristes n'auront pas de quoi s'arracher les cheveux. À leur âge...

Un journaliste concurrent, mais néanmoins avisé, expliquait que Ringo est, finalement, la principale victime de ce petit jeu. Il est vrai qu'aujourd'hui, les lois du commerce du disque imposent des boum boum à répétition et bien sentis. De fait, George Martin et son fils en ont tenu compte mais sans tomber dans les excès des remastering à la Dalida, par exemple.

En fait, le travail s'est fait sur plusieurs niveaux. En un, l'utilisation des moyens d'aujourd'hui pour arrondir certains sons. D'instruments. Mais surtout les voix. En deux, des voix ou des arrangements ont été récupérés aussi sur des pistes rares , celles qui ont été enregistrées mais n'ont pas été gardées pour la version définitive. Parfois, les Beatles tentaient une idée musicale. Parfois simplement, ils s'amusaient comme des gamins en imaginant un gag. Comme ce mirliton dans l'entrée de Lady Madonna . Plus musical, un ensemble de cordes introduit Octopussy's Garden . My guitar gently weeps commence par un simplissime guitare-voix et, ici comme à d'autres moments, on a vraiment l'impression d'avoir Paul ou John chantant à côté de soi.

Il y a des collages aussi. La guitare pincée dans le solo de All you need is love . Ou les trompettes de ce même All you need is love qui se glissent dans Strawberry fields forever .

Des changements de mixage. Qui font que, lorsqu'on écoute la nouvelle version de Lucy in the sky with diamonds , on a le sentiment que les Beatles furent les précurseurs de Pink Floyd.

Le Cirque du Soleil souhaitait travailler sur les chansons contenant un message d'amour. Pour George Martin, il était plus aisé de rhabiller des chansons plus chargées. L'un et l'autre ont trouvé leur bonheur dans l'époque underground du groupe.



© La Dernière Heure 2006