Le bilan du Pukkelpop

Musique

Luc Lorfèvre

Publié le

Record de chaleur et de fréquentation pour le dernier festival de l'été

Le bilan photos du festival
© Eric Guidicelli

KIEWIT Comme le veut la tradition, c'est un feu d'artifice bien plus scintillant que la piètre prestation de The Prodigy qui a clôturé, samedi, le Pukkelpop et, par la même occasion, la saison des festivals rock d'été. Quelles furent les bonnes et les mauvaises notes de cette seizième édition qui a accueilli sous une météo caniculaire quelque 150 groupes répartis sur huit scènes?

Affluence record. Au total, quelque 120.000 personnes se sont rendues dans la plaine de Kiewit, dans la banlieue de Hasselt. Un record selon l'heureux organisateur Chokri Mahassine qui envisage toutefois d'avancer d'une semaine son festival l'année prochaine afin d'éviter la concurrence insoutenable avec d'autres grands-messes rock organisées aux Pays-Bas et en Angleterre.

Les faiblesses de l'affiche. Cette année, la quantité l'a emporté sur la qualité. On a connu de grands moments ( Mercury Rev, Xzibit, Sparklehorse, Zero 7, Spearhead, Rocket From The Crypt et surtout Tricky) mais il y a eu aussi beaucoup de remplissage avec des groupes qui n'étaient pas à leur place ou d'autres qui venaient cachetonner.
Enfin, les têtes d'affiche ont déçu. Jeudi, Papa Roach a livré un set énergique mais dénué de toute originalité. Vendredi, The Orbital a endormi tout le monde avec sa musique ambient assez monotone et fort heureusement mise en valeur par un éclatant light-show. Enfin, samedi, The Prodigy a été l'une des plus grosses déceptions du week-end. Le combo british ne donnait cet été qu'une poignée de concerts exclusifs dans l'attente d'un nouveau CD qui ne paraîtra pas avant 2002. Jadis renommé pour sa puissance sonore et sa redoutable efficacité scénique, The Prodigy n'a offert qu'une caricature de ce qu'il faisait beaucoup mieux voici 4 ans.
Malgré le succès populaire de cette édition, Chokri Mahassine devrait peut-être songer à revenir à une formule de deux jours au lieu de trois et à une affiche moins pléthorique mais plus consistante.

Le phénomène Muse. Qu'on aime ou qu'on déteste ce trio anglais qualifié parfois méchamment de sous-Radiohead, force est de reconnaître qu'on n'avait plus connu pareille ferveur depuis longtemps. Muse est le groupe fétiche de toute une génération d'ados. Comme à l'AB au mois de mai ou à Werchter, le chanteur/guitariste/pianiste Matthew Bellamy en a fait des tonnes côté gestuelles et vocalises au point de susciter parfois l'irritation. Mais qu'importe Vu l'engouement suscité par cette prestation généreuse, on se dit que leur dernier opus Origine of symmetry, déjà bien classé dans les charts, va encore jouer de la grimpette ces prochains jours.

Les coups de coeur. Aux prestations de Mercury Rev, Slam, Uman et Rocket From The Crypt déjà encensées dans nos éditions de dimanche, il convient d'ajouter celles de Sparklehorse, de Tricky et de Zero 7.
On n'avait plus vu Tricky sur une scène belge depuis longtemps. Le gaillard n'a pas raté son retour. Originaire de Bristol mais résidant aujourd'hui aux States, le Black tatoué a sorti avec Blowback son meilleur album depuis son chef-d'oeuvre Maxinquaye paru en 1995. A la fois étrange, sombre, hypnotique et enivrant, son set joue avec toute la palette des émotions. Musicalement, Tricky évolue sur un fil en maintenant l'équilibre parfait. Rock, hip-hop, influences soul et incursions rythmiques dans le jazz Tricky sait varier les plaisirs et aussi s'effacer derrière son groupe. On prie maintenant pour qu'il revienne dans une salle.
Sparklehorse a déjà confirmé, pour sa part, son retour en Belgique. Ce sera pour le 14 octobre à l'Ancienne Belgique et c'est une excellente nouvelle. Samedi, au Marquee (décidément le lieu de toutes les sensations fortes), Mark Linkous et son band ont proposé avec douceur, tact et, somme toute, beaucoup de classe leurs mélodies country/rock intemporelles. Tantôt acoustique, tantôt électrique, la musique de Sparklehorse demande attention et suscite le recueillement. Mais lorsqu'ils parviennent à pénétrer dans l'univers sensé et sensible du combo d'Enon (Virginie), les auditeurs ont l'impression que, oui oui, la vie est bien magnifique comme le suggère le titre de leur indispensable nouveau CD It's a wonderful life.
Quant à la palme du groove, elle sera décernée ex aequo à Michael Franti de Spearhead qui a offert un concert chaloupé sur la grande scène plombée par le soleil et à Zero 7, formation britannique qui, malgré de petits tracas techniques, a été très convaincante au dance-hall avec son mélange chaleureux de soul, de jazz et d'arrangements tout droit sortis d'une B.O. de John Barry.

A lire également

Notre sélection d'annonces

Fil info