Etienne Roda-Gil, qui est mort ce week-end, a aussi écrit Le lac majeur, Cadillac et Joe le Taxi

PARIS Lorsqu'en 1977 Claude François envisageait un virage dans sa carrière, qu'il cherchait à entrer plus encore dans la mouvance disco et qu'il avait fait appel à Etienne Roda-Gil pour lui donner les textes d 'Alexandrie Alexandra et de Magnolias for ever, le chanteur y alla d'une boutade: «Pour la première fois, je chante des phrases que je ne comprends pas.» En 1989, Johnny Hallyday reprit la même formule lorsque Roda-Gil lui amena des textes comme Cadillac ou Mirador.

C'était la marque de fabrique de Roda-Gil: des textes chargés d'ambiances poétiques, mais laissant entre parenthèses les significations premières des phrases. En quoi il tranchait avec ceux de la génération précédente, les Pierre Delanoë, Eddie Marnay ou Claude Lemesle. En même temps, lorsqu'il accompagna un Julien Clerc débutant dans les méandres du succès, il s'inscrivait dans une époque, celle de l'immédiat après-yé-yé, où le style Roda-Gil avait eu quelques précurseurs, à commencer par Jacques Lanzman qui avait écrit les textes des premières chansons de Jacques Dutronc. Mais il y avait aussi, à l'époque, un certain... Antoine.

Roda-Gil y ajoutait une dimension: une formidable imagination. «Mon coeur volcan devenu vieux, qui bat lentement la chamade; la lave tiède de tes yeux coule dans mes veines malades...»

Etienne Roda-Gil était l'homme qui se trouva au bon moment au bon endroit. On n'a appris que ce mardi sa mort qui remonte au week-end. Agé de 62 ans, celui qui fut aussi l'auteur du Lac majeur pour Mort Schuman, ou de Joe le Taxi pour Vanessa Paradis, a été victime d'une congestion cérébrale.

Il était né à Montauban en 1941 mais grandit à Antony, dans la banlieue parisienne. Son père était un républicain espagnol en exil et Etienne hérita sans aucun doute de ses révoltes. Il restera un militant pendant toute sa vie, notamment contre les problèmes du racisme et de l'exclusion.

Licencié en lettres, il aurait voulu devenir enseignant, mais, en refusant de partir pour la guerre d'Algérie, il se coupa de toute chance d'accéder à ce rêve. Dès lors, il commença dans la vie professionnelle par être représentant de produits pharmaceutiques.

Le destin va basculer en 1966, dans un café d'étudiants de la place de la Sorbonne, à Paris. Un jeune musicien aux cheveux longs hausse la voix pour demander à la clientèle: «Je compose des musiques. Est-ce que quelqu'un, ici, pourrait m'écrire des textes?» C'est ainsi qu'Etienne Roda-Gil a fait la connaissance du futur... Julien Clerc.

Julien Clerc a déjà un candidat producteur, Maurice Vallet. Avec Etienne Roda-Gil, ils font équipe à trois. Leur premier disque, La cavalerie, sort en plein mai 68. Après, il y aura La Californie (1969), Ce n'est rien (1971), Si on chantait (1972), Niagara (1971), This melody (1975), Jaloux de tout (1978)... En 1973, Barbara lui prend un texte (Le bourreau). Roda-Gil a aussi écrit pour Alain Chamfort, Christophe, France Gall, Nicoletta, Catherine Lara, Gérard Lenorman, Richard Cocciante (Sincérité) et, de temps à autre, Julien Clerc demanda à nouveau une chanson. Notamment Utile en 1993.

En 1979, Etienne Roda-Gil collabora à la création d'une comédie musicale, 36 Front populaire.

© La Dernière Heure 2004