Le Reine Élisabeth s'est clôturé en apothéose

BRUXELLES Public en délire, samedi sur le coup de minuit, au palais des Beaux-Arts, et vainqueur plus fou encore : le ténor hongrois Szabolcs Brickner vient d'être proclamé Grand Prix Reine Élisabeth 2008 et ne sait vers qui lancer les bras ni envoyer ses saluts pour manifester sa joie. Il en oublie de serrer la main aux 18 membres du jury et il faudra de longues minutes avant de connaître la suite du palmarès, sous des applaudissements sans fin.

C'est bien la première fois qu'un artiste hongrois gagne un Concours Reine Élisabeth - de surcroît en chant et... comme ténor. Né à Budapest, il aura 28 ans le 12 juin; son parcours va du Conservatoire de sa ville natale à la Hochschule d'Augsbourg. Il a apporté une grande variété dans ses interprétations, une bonne diction dans toutes les langues et une voix vibrante, avec laquelle il est parfois un peu trop sûr de ses effets.

Cet heureux gagnant (plutôt "choqué", comme il dit), est suivi - de peu, à notre sens - par la mezzo française Isabelle Druet, d'abord comédienne qui, elle aussi, a présenté un large éventail d'oeuvres réellement maîtrisées, sur le plan vocal et, en plus, sur celui de l'émotion.

Si le public applaudit (trop tôt !) les prouesses techniques du Rossini chanté par la Polonaise Bernadetta Grabias, il a senti combien cette artiste atteint par ailleurs une intensité et une profondeur frappantes.

Le 4e Prix, la soprano géorgienne Anna Kaysan nous a aussi livré de beaux moments d'expression, de passion même, et ce, depuis le début des épreuves. L'autre ténor de ce palmarès est le Biélorusse Yuri Haradzetski, qui choisit bien ses programmes en fonction de sa voix légère : son 5e Prix fait plaisir, autant que le 6e de la soprano française Gabrielle Philiponet, chez qui chaque vocalise est une nouvelle surprise en guirlande.

Hélas, nous sommes déjà au bout de la liste des six vrais prix du concours et de tout beaux artistes n'en seront que lauréats. Des regrets, certes, surtout pour l'Anglaise Elisabeth Bailey, la Canadienne Michèle Losier, la Russe Tatiana Trenogina... Celle-ci et la Française Philiponet travaillent avec José Van Dam, ce qui lui fait dire : "ils étaient tous très forts; l'important c'était d'accéder à la finale".



© La Dernière Heure 2008