Eblouissante performance de Björk pour le coup d'envoi de sa tournée mondiale

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE LUC LORFÈVRE

PARIS Magistrale. Son entrée en scène est tout simplement magistrale. Le chef d'orchestre Simon Lee donne le la à ses cinquante-quatre musiciens installés dans la fosse, à quelques centimètres des premiers spectateurs. Sensibles, langoureuses, voire parfois vicieuses, les cordes des violons et des violoncelles s'envolent pour flirter avec le plafond étoilé du Grand Rex, magnifique ancien cinéma reconverti en salle de spectacles. Et puis sa voix de soprano s'élève
Björk est là. Dans la salle. Au milieu du public. Tutu noir bordé de diamants, collants sombres, pieds nus, micro en main, coeur ouvert, yeux fermés, elle évolue, tel un petit rat de l'Opéra. Avec grâce et élégance. Premier titre joué lundi soir, Frosti, un instrumental qui figure sur son nouvel opus Vespertine, est enrichi de paroles incompréhensibles, quelque part entre murmures et onomatopées. Sur scène, apparaît alors une chorale de quinze chanteuses inuites vêtues de leurs habits traditionnels. A leur gauche, la harpiste américaine Zeena Parkins. A leur droite, le duo électronique avant-gardiste new-yorkais Matmos.
Pour cette nouvelle tournée, qui coïncide avec la sortie de son quatrième CD Vespertine, l'Islandaise est allée au bout de ses rêves. Sur scène comme sur le disque, elle marie l'organique à l'électronique. Elle joue la carte intimiste (Vespertine devait d'ailleurs s'appeler Domestica) tout en faisant exploser les dernières frontières qui existent entre les genres musicaux. Bref, elle rend accessible l'inaccessible
Dans la salle, le public est médusé. Conquis aussi. On entend des fans japonais. On reconnaît des accents scandinaves. On croise Catherine Deneuve, sa partenaire dans Dancing in the dark, qui a valu à Björk un prix d'Interprétation à Cannes. On voit aussi tous ceux qui veulent se montrer: créateurs de mode, mannequins, happy few, journalistes vedettes (Paul Amar, Claude Sérillon,). Tous fans de Björk? Ils le seront certainement après ce concert dont les tickets coûtaient officiellement 600 FF (oui, 3.600 francs belges!) et bien plus encore au marché noir.
Ambitieuse, arty, hype cette tournée, qui fera escale le 26 septembre au Cirque Royal, l'est sans conteste. Mais elle a aussi bien d'autres vertus. Björk apporte le rêve et nous emmène au paradis. Ou plutôt à l'idée qu'on se fait du paradis. Des voix célestes, la sienne ou celles de ses choristes venues du Groenland. Des mélodies qui suscitent des émotions. Des paysages insensés aussi, comme ces images de plaines enneigées, de mers glacées ou des fjords terrifiants projetées sur une toile blanche.
Musicalement, le voyage se fait en trois étapes. Une mise en bouche avec le duo Matmo qui bidouille ses machines avec maniérisme et parfois une gestuelle ambiguë. Björk qui arrive ensuite pour une première partie constituée essentiellement d'extraits du nouveau Vespertine. Et, après un entracte, une heure de toute beauté où, vêtue cette fois d'une robe rouge cintrée de plumes, elle rescuscite ses classiques (Isobel, Venus as a boy, Possibly maybe, Hyper ballad, Bachelorette ou encore Human behaviour en second rappel), transformés mais jamais dénaturés par cette pléthore de musiciens et de chanteurs. Le spectacle est cher mais il est riche. On ne s'ennuie pas une seconde. Björk est perfectionniste. Björk est calculatrice. Elle sait qu'il faut varier les plaisirs afin de ne jamais lasser. La chorale inuite, magnifique d'intensité, ne chante pas du début à la fin. Parfois ce sont les touches techno de Matmos qui viennent déstructurer un morceau. Plus tard, c'est le seul son d'un clavier détraqué qui accompagne sa voix sur The anchor song. Ou encore, au rappel, c'est avec des simples tapements de mains que Björk et ses chanteuses rythment l'inédit Our hands. Et puis, il y a ses mimiques de petite fille, ses pas à reculons, ses sauts de joie sur Human behaviour, ses `merci beaucoup´ et ses courbettes minaudeuses qui achèvent de transformer un concert déjà exceptionnel en soirée inoubliable.

Au Cirque Royal le 26 septembre dans le cadre des Nuits Botanique (02/218.37.32.)