Avec Le citoyen numéroté, le chanteur effectue un retour qui vaut le détour

BRUXELLES Il en est le premier conscient. L’image que l’on a de lui est à la fois datée et typée : "Pour la plupart des gens, je suis resté un artiste à minettes, comme tous ceux qui ont eu la chance de connaître le succès dans les années 70. Que les choses soient claires : je ne renie rien de cette époque-là. Même si nous ne pouvions pas faire et dire ce que nous voulions. Dans les interviews, notamment, il convenait de ne pas sortir du personnage que l’on nous avait construit. Par ailleurs, en ce temps-là, tout était bleu, merveilleux et, donc, apprêté. La mode exerçait une véritable dictature. Et c’était la même chose, de façon plus large, pour la façon d’être. Aujourd’hui, un garçon peut s’habiller comme il l’entend, porter des cheveux courts ou une queue de cheval sans le moindre problème."

Le CD et les compilations

Voilà un peu plus de vingt ans, parce qu’il estimait n’avoir plus rien à exprimer dans la vague disco qui envahissait le marché, il a changé de boulot et s’est lancé dans la production de programmes de télévision, aux Etats-Unis et en Europe. "Du coup, contrairement à d’autres qui ont continué tant bien que mal sur la même voie, mon profil est figé. Ajoutez à cela le succès des compilations des années 70 et vous comprendrez pourquoi, aujourd’hui encore, on m’identifie toujours à Petite fille aux yeux bleus !"

L’invention du CD lui a, malgré lui, donné un second souffle : "En 1994, BMG m’a proposé de sortir une quinzaine de titres. J’étais ravi, à titre personnel, de posséder autre chose que des 45 et 33 tours ! Sincèrement, j’estimais que 500 exemplaires vendus constituerait un score honorable. A ce jour, rien qu’en Belgique, nous sommes à 60.000. En France, en trois ans, nous avons atteint la barre des 180.000. Au Portugal, l’an dernier, nous en avons écoulé 100.000 en deux mois ! Je finirai par croire que je fais partie de la nostalgie ou de l’histoire de pas mal de gens. Ce qui ne signifie nullement que les mêmes vont acheter le nouvel album. Je ne me fais d’ailleurs pas d’illusions particulières : les confrères de ma génération rencontrent davantage les faveurs du public avec leurs vieux tubes que via leurs œuvres inédites. Cela ne m’a pas dissuadé de revenir, sans doute parce que le succès demeure l’exception.

A 50 ans, Art Sullivan a forcément changé. Ce qu’il a envie d’exprimer traduit son évolution : "Je suis conscient que mes créations de l’an 2000 ne sont pas idéales pour être reprises dans les kermesses de village !"

Celles et ceux qui appréciaient Art autrefois seront étonnés, voire décontenancés, par Le citoyen numéroté, Liberté, Perestroïka, Vieux Carillonneur ou J’étais parti (notre préférée). Mais s’ils prennent le temps d’écouter vraiment cet album, ils ont de fortes chances d’en apprécier la maturité et le charme. Et aussi d’être agréablement surpris par le compagnonnage de Beethoven, Haendel, Liszt ou Wagner. Art s’est inspiré de ces grands noms, mais sans les trahir ou en les adaptant mal.

"Je me suis pris de passion pour la musique classique que j’ai découverte dans les années 80. Au fil du temps, bien que je n’aie pas une voix de ténor, j’ai eu envie de me servir de certaines mélodies."
Ayant toujours été son propre producteur, il s’est accordé le temps et les moyens nécessaires afin d’obtenir un résultat satisfaisant : "Il y a un an et demi, j’ai beaucoup enregistré, notamment aux Etats-Unis, mais, au final, je n’étais pas content et j’ai jeté le tout. Je dois beaucoup à Jean-Philippe Ruelle, un arrangeur grâce à qui j’ai pu avancer vers le CD qui vient de sortir."
A vous de lui donner sa vraie vie…

Art Sullivan – Le citoyen numéroté – Universal.