Rien à voir avec les chiffres fous de la France

BRUXELLES Petit pays - et donc petit marché - le monde du disque en Belgique est loin d'afficher des chiffres à vous donner le tournis. Les artistes de chez nous se vendent difficilement, si l'on excepte les grosses pointures comme Adamo ou Frédéric François par exemple. Pour preuve, chez Sony Music, l'une des principales majors qui a installé une antenne à Bruxelles (c'est également le cas d'EMI/Virgin, Universal Music, BMG et Warner Music), il n'y a plus que cinq artistes belges sous contrat. A savoir Hooverphonic, K's Choice, Ozark Henry, Voice Male et Frank Galan. Soit, à peu près, deux fois moins que l'an dernier. Selon le managing director de la boîte, cité dans l'édition flamande de Trends Tendance, les raisons sont multiples: conjoncture économique difficile (les gens achètent moins de CD), piratage et téléchargement sur Internet ont porté un coup dur à une industrie du disque déjà fragile.

Du coup, on hésite à investir. D'autant que les coûts de production sont chers. Si autrefois il suffisait de vendre 10.000 copies pour qu'un album soit rentable, on en est aujourd'hui à 15 voire 20.000 plaques à écouler avant de rentrer dans ses frais. Et de rembourser la location d'un studio (50.000 €), les coûts de fonctionnement et ceux du marketing.

Car un album ne serait rien, évidemment, sans le lancement publicitaire qui l'entoure. En Belgique, évidemment. Mais également à l'étranger, pour peu que l'on nourrisse des ambitions internationales. Du coup, c'est 100.000 CD vendus qu'il faut viser pour espérer ne pas perdre d'argent.

Pour se faire connaître hors de nos frontières, les artistes ont encore le choix de tourner des clips (qui dès qu'ils sont destinés à être diffusés dans le monde demandent une réalisation nickel... et donc des moyens énormes) ou d'entamer une tournée des clubs à l'étranger. Mais là où Hooverphonic peut se permettre de demander de 1.200 à 4.000 € pour se produire, d'autres groupes moins connus passent sous la barre des 1.000 €. Difficile d'être rentable dans ce cas, quand on sait qu'il faut payer le transport, le logement, etc.

Du coup, un autre phénomène s'est développé chez nous: de petits labels travaillent main dans la main avec les grosses maisons de disque, proposant des produits finis.

En Belgique, un artiste touche 10 à 20% sur la vente d'un album. Sachant que le prix d'un CD est, en moyenne de 15 €, s'il en vend 10.000 exemplaires et touche 15% sur chaque disque, il se retrouvera avec, en poche, 22.500 €. On est loin des chiffres fous fous fous de la France...

© La Dernière Heure 2003