Liliane Saint Pierre ressort le répertoire de l'époque où Clocloétait son producteur

BRUXELLES En 1987, lorsque l'Eurovision fut organisée en Belgique, Liliane Saint Pierre représentait notre pays. C'est une chanteuse flamande qui avait eu, chez nous, son heure de gloire de nombreuses années auparavant: entre 1968 et 1970, elle avait eu Claude François pour producteur et ses chansons comme Chanson sentimentale pour une fille sentimentale faisaient le bonheur des fidèles de Salut les copains.

Les vingt chansons enregistrées à cette époque sortent pour la première fois sur CD, Flèche-Back '68. En 1968, en effet, lorsque Claude François décidait de créer sa propre firme de disques, Flèche, la chanteuse flamande fut sa toute première recrue: `En Flandre, je chantais depuis 1964. Mon manager, qui connaissait les projets de Claude, lui avait envoyé un disque en flamand. Claude a été intéressé parce que j'avais une voix à part. Il nous a invités à Paris. Je me souviens encore de cette première rencontre où je n'ai pas dit deux mots car je ne parlais pas le français. Tout s'est passé entre mon manager et lui. En plus, j'avais 18 ans et j'étais timide. Mais pas trop impressionnée car je n'étais pas une fan. Je le suis devenue par la suite, à force de le voir travailler. Il était extraordinairement professionnel. Dans mon cas, il a commencé par m'envoyer chez le coiffeur. Sur mon premier disque pour lui, j'avais une coupe courte, à la Twiggy. Et, bien sûr, il m'avait fait teindre en blond car Claude n'aimait que les blondes. Pour mon deuxième disque, il m'a envoyée chez un autre coiffeur. Il me voulait avec des cheveux plus longs. Il m'a aussi fait prendre des cours de danse et même de chant, chez Madame Sandra, une dame toute petite, d'origine russe, qui avait aussi été le professeur de chant de Charles Aznavour. Et puis, en tant que producteur, Claude assistait bien sûr à tous les enregistrements. Il dirigeait tout. Mais je dois dire que je n'ai jamais senti qu'il voulait m'imposer quelque chose. Il tenait compte de mes avis. Je sais qu'il avait la réputation d'homme difficile à vivre. Ce qui n'est pas tout à fait faux. Je l'ai vu en colère contre des musiciens ou contre une habilleuse qui arrivait en retard. Mais en vérité, il était surtout difficile envers lui-même. Tellement perfectionniste! Et jamais, il ne s'est mis en colère contre moi. Il était strict, ça oui!´

Il vous est arrivé d'aller dans son moulin?
`Quelques fois! Claude aimait inviter ses musiciens et les gens avec lesquels il travaillait. Il y avait sa mère, sa soeur, il vivait déjà avec Isabelle qui allait devenir la mère de ses enfants.´

Toutes les filles étaient amoureuses de lui...
`Moi, jamais! J'avais beaucoup de respect pour lui. Mais je ne le voyais pas comme un play-boy. Il n'en avait pas besoin. Tant de filles étaient autour de lui. Mais moi, j'étais jeune et naïve et je ne voyais rien. De toute façon, Claude n'était pas du genre à tenter de séduire ses collaboratrices. C'était une grande époque. J'ai fait avec lui mon premier voyage en avion. Nous partions pour un spectacle à Kinshasa.´

La fin de la collaboration?
`Je devais chanter à l'Olympia en première partie d'Antoine. Je me souviens que, le premier soir, Johnny Hallyday est venu me féliciter dans la loge. Ce fut mon seul soir à l'Olympia. Le lendemain, j'ai dû sortir de scène: je souffrais d'une grave infection aux yeux et j'étais quasiment aveugle. Mon manager n'a pas voulu que je continue la série de repésentations et Claude en était très fâché. Ce n'est pas pour ça que je n'ai plus travaillé avec lui. Mais ce fut un des incidents. En fait, tout s'est passé entre lui et mon manager. Moi, je n'étais qu'une petite chanteuse pas trop au courant de ce qui se décidait. Je ne l'ai jamais revu par la suite. Une fois, je suis allé le voir chanter à Forest National, mais je n'ai pas osé demander à entrer dans les loges.´

Liliane Saint Pierre, CD Flèche-Back '68, Reli Records.

© La Dernière Heure 2003