C’est avec son lot de consignes que le présentateur du Biéreau nous accueillait, lundi, pour la première des deux prestations que les Girls in Hawaii s’apprêtaient à donner. 

Point trop de mouvement, de cri inopiné, et des éternuements voulus discrets pour ces deux dates exceptionnelles déroulées à guichets fermés. Car le désormais sextet brabançon avait décidé d’y enregistrer un live acoustique. Exercice périlleux qui fera l’objet d’un album dont la sortie est prévue mi-novembre. “C’est une mise en danger, c’est vrai… Et c’est super grisant, nous confiait Lionel Vancauwenberghe à l’issue de la soirée. Hier, j’avais 18 ans dans ma tête, l’impression de jouer mon premier concert. Je n’ai pas bien dormi… Mais les réactions sont plutôt bonnes, c’est rassurant. Malgré le stress, l’émotion parvient à passer...”

Un répertoire revisité

D’émotion, il fut en effet question. Vêtus d’habits chics et très concentrés, sous un éclairage fait de sobriété, Antoine Wielemans et ses complices ont livré un set épidermique. Ils y ont balayé l’ensemble de leur discographie, de “From Here to Nowhere” aux sommets de “Everest”, sans oublier “Plan Your Escape” et “Refuge”, leur récent EP. Quelques jolis fantômes – “Bees&Butterflies”, “c’est un peu notre slow, qu’on n’avait plus joué depuis des années” – ou ovnis hérités du passé – le superbe “Couples on TV”. Des pièces épiques, comme l’époustouflant “Switzerland”. Mais pas de nouveauté car “c’est essentiellement un travail d’arrangements. Un laboratoire d’idées autour de chansons existantes.” Une grande re-création où les six jonglent entre les instruments, chatouillent verres en cristal, cuivres ou harmonium indien. “Il y a un côté égoïste dans cette tournée. On s’y fait plaisir, sourit encore Lio. Même si, il y a 2h, on ne faisait pas les malins.”

L’on peut se demander d’où est venue cette drôle d’idée qui se révèle forcément compliquée. Le résultat est le fruit d’un mois de travail intensif entrepris au lendemain des festivals d’été. Les Girls auraient pu attendre que la tournée soit rodée pour enregistrer. “C’est une question de sensations, d’envies différentes, après une année sur des rails. Après le 2e disque, on a donné quelques concerts acoustiques et cela nous a émus. On retrouvait soudain les morceaux comme nous les avions créés, dans leur fragilité. Aujourd’hui, on prend l’habitude d’ajouter des couches, de produire davantage, ce qui rend les ensembles plus stables… C’est une bonne chose. Mais, dans cette configuration, on se souvient d’où l’on vient, on retrouve le son des premiers jours, et ça fait du bien. L’exercice permet de retrouver sa place de musicien. D’assumer une chanson avec une voix et une guitare. D’appréhender comment Boris fonctionne aussi (batteur depuis la disparition de Denis Wielemans, NdlR) et de découvrir comment conjuguer l’ancien et le nouveau… Le groupe a la sensation de vivre une nouvelle ère.”

Sur la route

Cette tournée passera par pléthore de beaux endroits, ce qui “va permettre de jouer avec les silences et les suspensions.” Elle traversera la France et la Suisse, avant de revenir en Belgique, de l’Opéra de Liège (27/11) au Bozar bruxellois (9/12), en passant par Malines, Hasselt, Turnhout ou Courtrai.

Entre moments de grâce et jolies maladresses, les Girls in Hawaii effervescent. Et avancent dans ce nouveau projet, à la fois naïfs et déterminés. Étrangement forts de leur fragilité et mus d’une singulière et juvénile maturité. Gageons qu’aucun mixeur par trop zélé n’éliminera les impuretés. Et que tous pourront bientôt goûter sur disque à cette puissante légèreté.