Si la ponctualité est la politesse des rois, sur que les Insus n'ont jamais vécu en monarchie. Mais après tout quelle importance: les minutes perdues à attendre sont oubliées aussitôt que Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac, Richard Kolinka et Aleksander Angelov (moins sexy mais plus barbu que Corinne) entrent sur scène pour cracher le venin d'un rock qui semble toujours aussi subversif au public qui, manifestement, était déjà là pour le premier concert de feu Téléphone, il y a... quarante ans.

Un "Hygiaphone" plus tard et la mayonnaise a déjà pris. Ajoutez un tonitruant "Bonsoir Bruxeeeelllles" lancé par un Aubert survolté et on sait, déjà, que pour les milliers de fans, la soirée est réussie. Ce n'est pas tous les jours que l'on retrouve ses vingt ans, ses idéaux égarés et le bonheur de se lâcher comme au siècle dernier.

D'autant que le répertoire de ces garnements de soixante piges à plutôt très bien vieilli. La preuve avec les tubes enfilés comme des perles: "Fait divers, Argent trop cher, Cendrillon". Et tout ça sans artifice: une scène dépouillée, l'imposante batterie de Kolinka qui en occupe (largement) le centre et des lumières franches, qui viennent rebondir sur la tignasse argentée de Bertignac ou dessiner de jolies ombres chinoises. Simple et efficace. Comme ces quelques mots qui évoquent le Bataclan, avant "La bombe humaine".

Petit bémol, toutefois, les héros de la soirée sont plutôt discrets quand il s'agit de taper la discute avec le public. Mais leur réponse en musique aux "Ohohoh" de Seven Nation Army, une fois de plus, cueille ceux qui auraient aimé un peu plus de blabla. Et "Cendrillon", adressée à toutes les princesses de Bruxelles, fait pétiller les yeux des quinquas.

Assis au bord de la scène, leur guitare sèche en bandoulière, les "frangins" s'accordent une petite respiration acoustique, "Le Silence" dans la tête et le bruit au dehors. Celui du dedans, qu'on entendrait presque pulser entre les murs de Forest National, c'est celui des cœurs qui battent plus fort quand Aubert entame, au piano, les premières notes de "Le jour s'est levé". Habilement mixé avec Like à rolling stone. "À notre Prix Nobel", dit-il joliment.

En guise de bouquet final, les Insus nous emmènent à New York avec eux (du feu de Dieu), rêvent d'un autre monde (qui rebondit dans la salle porté à bout de bras toujours pas fatigués d'avoir tant applaudi). Ca, c'était vraiment eux: généreux, énervés, et, comme dirait l'autre, toujours debout.