Tout ce qu'ils produisent se transforme en disques d'or

BRUXELLES Un périodique anglo-saxon spécialisé dans la musique contemporaine le révélait voici peu: en balayant la bande FM américaine, l'auditeur avait actuellement 43% de chances de tomber sur un morceau produit par The Neptunes. Une donnée objective puisque, depuis un an, les chansons r'n'b et hip-hop façonnées, de la partition aux paroles, par ce tandem trustent les premières places du très officiel classement du Billboard, bible de l'industrie, vieille de près de 50 ans.

Aux States, plus que les interprètes, ce sont les producteurs qui lancent les hits. D'où ces milliers de dollars dépensés par les maisons de disques pour voir figurer dans les crédits d'une chanson d'un artiste maison le nom d'un de ces rois Midas. Car tout ce qu'ils touchent ou plutôt composent se transforme en or. En disques d'or. Tour d'horizon des nababs des studios les plus influents (leurs principaux travaux sont repris dans les encadrés ci-dessous).

A tout seigneur tout honneur, évoquons les plus sollicités du moment: Chad Hugo et Pharrell Williams de The Neptunes. Le premier est de type asiatique; le second afro-américain. Les natifs de Virginie se rencontrent ados, sur les bancs de l'école. La musique est leur passion commune et ils comptent bien en vivre. Au début des années 90, ils font leurs classes auprès de Teddy Riley, l'un de ces autres producteurs de renom (lire plus loin). Mais ce n'est que lorsque le premier album de la chanteuse Kelis (Kaleidoscope) sort que ces fans d'AC DC commencent à se faire un nom et un son: sur I hate you so much, The Neptunes présentent leurs rythmiques, brutes et sèches. De Jay Z à Nelly en passant par Mystikal ou Britney Spears, ils font aujourd'hui la pluie et surtout le beau temps sur le petit monde de la musique. Ces presque trentenaires sont même parvenus à placer sur orbite la carrière solo de Justin Timberlake (N'sync). Nerd est le groupe de Pharrell et Chad.

Rodney Jerkins a également suivi les enseignements de Riley. Mais à la différence des Neptunes, il obtient une reconnaissance à 20 ans à peine avec The boy is mine (Brandy et Monica, 1998). Très vite, ses mélodies qui font appel aux guitares et aux harpes suscitent l'intérêt. Ainsi en 1999 lance-t-il la carrière de chanteuse de Jennifer Lopez avec If you had my love (n°1). Pour Whitney Houston, Rodney Darkchild Jerkins compose It's not right but it's okay. Michael Jackson craque et se voit offrir You rock my world pour Invincible. Millionnaire, Jerkins facturerait une chanson à plus de 100.000 dollars.

2003 devrait vraisemblablement être l'année d' Irv Gotti (et son label Murder Inc), lequel a déjà prouvé qu'il pouvait être commercial. Ja Rule et Ashanti demeurent ses valeurs sûres qu'il gratifie de perles qui cartonnent: Always on time, Down ass chick, Foolish... Gotti bosse aujourd'hui pour Toni Braxton, Bobby Brown, Whitney Houston...

Timbaland (Tim Mosley) a fêté ses 30 ans en 2002, l'année de la disparition d'Aaliyah qu'il extirpa du giron de R. Kelly. Figures marquantes de son crew: Missy Elliot et Ginuwine qu'il révèle avec Pony (1997). Timbaland, c'est surtout un son qui glisse sur la r'n'b classique et la drum'n'bass. Récemment, il a lancé Tweet Oops (oh my)...

Teddy Riley, lui, fut l'inventeur du style New Jack Swing vers la fin des années 80. On lui doit I want her (Keith Sweat), My prerogative (Bobby Brown) et surtout les hits de son groupe Blackstreet. Récemment, on disait l'homme derrière Remember the time (Michael Jackson) hors du coup, mais la sortie tant attendue du nouvel album de Blackstreet devrait l'aider à réalimenter son carnet de commandes.

Ces personnalités ne sont pas les seules à avoir écrit les pages les plus glorieuses de la musique black de ces dix dernières années. A ne pas perdre de vue, Terry Lewis et Jimmy Jam (Janet), P. Diddy (Faith), Jermaine Dupri (Usher), Shekspere (TLC), Babyface (Boyz II Men), Rockwilder (Christina Aguilera) ou encore le rappeur Dr. Dre qui s'est mis à la production de chanteuses à voix, Mary J. Blige (Family Affair) et Truth Hurts (So addictive).

© La Dernière Heure 2003